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LA LETTRE 8 DE LA PSYCHANALYSE CORPORELLE®
octobre 2012

Sur la possibilité et l’utilité de reconquérir de façon non induite de vrais souvenirs refoulés

Bruno Berte, Emmanuel Girard-Reydet, Jean-Luc Kopp


INTRODUCTION – CONTEXTE  - PROBLEMATIQUE



Voilà  un certain temps que nous, psychanalystes corporels, observons une suspicion grandissante à l'encontre de la notion de refoulement en lien avec des évènements douloureux de notre passé personnel. Cette suspicion s’accompagne d’une mise en doute de la possibilité de pouvoir reconquérir de façon non induite de tels souvenirs refoulés, sachant que la littérature associée – qui se rassemble sous la thématique des « faux souvenirs induits » - s’inscrit dans une logique de dénonciation de pratiques d’accompagnement de type « victimologique » qui prône la confrontation à nos bourreaux et à leur accusation comme des étapes nécessaires à l’apaisement  de notre passé.

Après en avoir débattu avec plusieurs confrères psychologues et psychanalystes, nous avons choisi de nous exprimer sur le sujet. Trois raisons majeures nous y incitent :
- d’abord en tant qu'anciens analysants ayant consacré plusieurs années à retrouver notre histoire refoulée jusqu'à la pacifier entièrement et pouvoir en établir une cartographie  précise et concrète ;
- ensuite en tant que praticiens, psychanalystes (traditionnels) et psychanalystes corporels, soucieux de permettre à d'autres de se réconcilier complètement avec un passé douloureux toujours agissant dans le présent de leur vie ;
- enfin en tant qu'hommes et citoyens inquiets face à la tendance actuelle qui consiste à réfuter voire dénier l'hypothèse d'un inconscient au profit d'une lecture biologiste et comportementaliste de l’individu. Exit la personne dans la singularité et l’unicité de son passé.
Aussi avons-nous décidé  d'examiner au plus près ce discours critique. Il nous importait de comprendre sur quoi s'appuyait une telle mise en cause, mais également de tenter de saisir à quoi correspondait pareille distorsion entre notre pratique, et celle dénoncée.

Nos recherches sur le sujet nous ont conduits à nous pencher attentivement sur les expériences, les témoignages, et les arguments des livres et articles d'Elisabeth Loftus1 et de Brigitte Axelrad.2-4
La première, professeur de psychologie, a étudié la mémoire et ses illusions à travers « le syndrôme des faux souvenirs induits ». Dans ce livre, elle n’a de cesse de dénoncer l’influence des suggestions trompeuses sur la mémoire  retrouvée et d’en montrer tous les impacts dramatiques, comme par exemple des familles brisées par les procès intentés et des patients obligés d’aller en hôpital psychiatrique. S’y trouvent décrites également les expériences menées en laboratoire afin de prouver combien la mémoire est malléable.
La seconde, professeur de philosophie et de psychosociologie, poursuit le même combat, en dénonçant à son tour les mécanismes de la manipulation mentale et ses ravages.
Elle cite souvent Loftus, et étaye sa démonstration par la référence à une pièce de théâtre, « Souvenirs fantômes » d’Arnold Wesker.5 L’auteur y met en scène le mécanisme d’une prise de contrôle de la vie d’une patiente par sa psychothérapeute.
Il  y  est bien question de la manipulation des cerveaux, et des conséquences désastreuses d’une thérapie sauvage. Par cette « greffe de faux souvenirs », Jenny, va se persuader  et l’être que son grand-père ainsi que son père l’ont abusée sexuellement. La mystification atteint son apogée lorsque Jenny devient une autre. D’un mal-être banal qui l’avait poussée à consulter, la voilà en dépression sévère, prisonnière à jamais de sa vie brisée et de celle des proches. Comble d’ironie, c’est la thérapie censée aider et améliorer l’existence de la patiente qui engendre et installe le trouble le plus invalidant !

Remercions ces deux chercheuses d’avoir alerté à propos de possibles dérives catastrophiques consécutives au « dérapage » de certaines démarches psychothérapeutiques. La situation dénoncée a en effet constitué aux Etats-Unis, dans les vingt dernières années du XXème siècle, un véritable fléau tant les procès pour abus sexuels qui en ont directement découlés s’y sont multipliés de façon totalement irrationnelle.
Même si rien de comparable ne s’est produit en France, il n’en reste pas moins qu’un procès du même genre s’est récemment ouvert sur notre territoire, et qu’il nous semble planer un climat de suspicion vis à vis de toute approche qui s’appuierait sur l’existence et la reconquête de souvenirs refoulés de notre histoire personnelle.

Avant d’aller plus loin, il nous paraît capital de bien préciser le cadre et les caractéristiques de ces approches décriées, afin d’éviter toute généralisation hâtive :
- il s’agit uniquement de psychothérapies dites de la mémoire refoulée ou retrouvée ;
- ces thérapies visent de façon totalement ciblée et orientée à retrouver des souvenirs d’abus sexuels survenu dans l’enfance. En effet, le psychothérapeute implante initialement chez son patient l’idée que son mal-être aujourd’hui est forcément le résultat d’un abus sexuel oublié survenus dans l’enfance ;
- ces thérapies reposent sur le principe de l’existence, d’un côté, d’une victime, et de l’autre, d’un coupable qui doit payer pour que l’apaisement de la victime soit possible.
Cette mise en perspective fait donc déjà clairement valoir que toute la problématique des « faux souvenirs induits » portés haut et fort par Loftus et Axelrad, ne s’applique qu’à un champ très restreint pour ne pas dire à la marge, de pratiques psychothérapeutiques déviantes.

Si nous dénonçons maintenant sans réserve l’idée qu’un lien direct et systématique puisse être établi entre mal-être à l’âge adulte et préexistence d’un abus sexuel dans l’enfance (nous y reviendrons en détails plus loin), nous souhaitons aussi, par le biais de cet article, interpeler sur les risques d’amalgame ou de corrélation qui nous semblent grandir entre les notions de reconquête de souvenirs refoulés, de manipulation mentale ou de suggestion, et de règlements de compte familiaux consécutifs.

Nous ne nous attarderons pas à chercher à convaincre les plus sceptiques sur le concept de refoulement, ni sur le fait que certains évènements non assumés ou intégrés de notre passé continuent d’influencer de façon subconsciente notre vie présente. Il ne viendrait en effet à l’idée d’aucun psychanalyste de mettre en doute ces deux points.
Dans le contexte précité, il nous a semblé plus important de donner toute place à notre expérience de psychanalyste corporel pour en témoigner et ainsi mettre en lumière :
- l’utilité de reconquérir de tels souvenirs refoulés de façon à pouvoir accéder à une meilleure connaissance de nous-mêmes et mettre du sens sur nos schémas comportementaux répétitifs ; 
- la possibilité d’effectuer cette reconquête de façon éthique et déontologique, à savoir sans manipulation ni suggestion de la part de l’accompagnant ;
- le fait que cette reconquête puisse conduire, non pas à des règlements de compte familiaux, mais tout au contraire à une profonde, durable et véritable réconciliation avec ses proches.

L’article du trimestre de la Lettre 8 de la Psychanalyse Corporelle

LA PSYCHANALYSE CORPORELLE


1. Les grands principes

Fondée par Bernard Montaud il y a maintenant trente ans, la psychanalyse corporelle6-7 permet de revivre corporellement et psychiquement les évènements-clés ou traumatismes de notre passé, qui ont façonné notre personnalité et qui sont à l’origine de comportements que, de façon subconsciente, nous répétons inlassablement.
Nous sommes bien dans une démarche psychanalytique puisqu’elle vise à nous faire accéder à une connaissance plus approfondie de notre monde intérieur, à éclairer notre passé pour mieux comprendre et mieux vivre notre présent.
Une différence fondamentale est que, pour revisiter notre passé personnel, la psychanalyse corporelle fait appel aux confidences du corps, à une mémoire corporelle qui contient sept niveaux de profondeur identifiés à ce jour. Nous passons ainsi en somme du lapsus verbal de la psychanalyse classique au lapsus corporel, à savoir des mouvements conscients mais involontaires, susceptibles de réveiller des images et des émotions d’évènements-clés de notre passé.

Une séance de psychanalyse corporelle se décompose en deux temps complémentaires : un temps de séance corporelle, puis un temps ultérieur de verbalisation.
La séance corporelle se joue pour sa part à deux niveaux. D’un côté, il y a le corps instinctif et sans intelligence soumis à des lapsus corporels que le psychanalyste cherchera à stimuler et intensifier. De l’autre, il y a l’esprit conscient mais seulement spectateur de la personne, qui va voir progressivement s’imposer à elle le film psychique d’un événement précis de son passé.
Après la séance corporelle, suivra le temps de verbalisation pendant lequel la personne sera conviée à formuler ce qu’elle a vu de son passé dans le but de le conscientiser.

Ces grands principes sous-tendent l’idée fondamentale que le corps est apte à se souvenir de manière très pure d’évènements précis du passé, pour autant qu’il ait été mis dans des conditions lui permettant d’exprimer / de s’exprimer en toute sincérité.
S’il s’agit de ramener par le corps des souvenirs du passé, l’expérience montre clairement que la perception centrale d’une scène traumatique échappe à tout souvenir « conscient » ou intelligent de l’adulte que nous sommes. Ces traumatismes correspondent bien à des évènements qui n’ont pu être assumés, que nous avons refoulés totalement ou partiellement dans le subconscient, et qu’il ne nous est pas possible de les recouvrir en sollicitant notre seule intelligence ou par seul effort de remémoration.

2. Les traumatismes

En psychanalyse corporelle, la notion de traumatisme – au sens de traumatisme qui construit notre personnalité - ne peut se confondre avec le seul vécu d’un événement de type accident, catastrophe, violences répétées, abus sexuel, tel qu’on peut généralement l’entendre ou le concevoir.

Dans notre discipline, le traumatisme revêt une signification très précise, qu’il est possible d’appréhender au travers de plusieurs définitions complémentaires :
- le traumatisme est un sommet de douleur existentielle qui résume toute une période de l’existence humaine ;
- le traumatisme est le résultat d’un conflit intérieur entre deux forces contraires d’égale intensité, deux perceptions du monde qui ne peuvent pas coexister. Et c’est justement la coexistence de ces 2 forces qui va rendre l’instant complètement intenable d’un point de vue psychique. Dans ces circonstances, l’être pour conserver la raison, va devoir s’amputer d’une moitié de perception du monde intérieur et extérieur, d’une moitié du fonctionnement de ses organes des sens. Un traumatisme produit ainsi en chacun un moins voir, pour moins souffrir ;
- la psychanalyse corporelle a identifié quatre traumatismes : le premier à la naissance, le deuxième durant la petite enfance, le troisième durant l’enfance et le quatrième durant l’adolescence. Le traumatisme périnatal instaure notre cycle comportemental traumatique alors que les trois suivants – dits traumatismes constructeurs - réactualisent ce cycle dans les niveaux de maturité correspondants. Et c’est l’ensemble de l’action des quatre traumatismes qui produit une programmation de l’individu dans une personnalité inoubliable propre à l’ego, avec deux effets : i) nous pouvons nous sentir exister en tant que personne unique et ii) nous sommes programmés à voir et vivre le monde extérieur selon nos traumatismes ;
- les 2 forces contraires en présence, pour chacun des traumatismes, sont les suivantes : être/ne pas être pour la naissance, vérité/mensonge pour le petite enfance, plaisir/honte pour l’enfance, réalité/idéalité pour l’adolescence ;
- nous avons tous traversé ces quatre traumatismes qui sont à considérer comme des points de passage obligatoire de l’existence en tant qu’initiation à la condition humaine, dans le sens où ils vont nous sociabiliser et nous structurer en nous permettant d’être parfaitement adaptés au monde environnant. Ils ne sont donc en rien le triste privilège de quelques personnes qui auraient eu moins de chance que les autres dans cette vie ;
- quelque soit la forme qu’a pu prendre l’événement extérieur, la douleur intérieure a toujours été immensément profonde.

3. Les sept niveaux de mémoire corporelle

La psychanalyse corporelle fait appel à une mémoire corporelle qui contient sept couches de profondeur, auxquelles correspondent sept niveaux de lapsus corporels6 que nous allons maintenant détailler.

Le premier niveau de lapsus corporel est le niveau des spasmes. Même si ce niveau de lapsus n’est porteur d’aucun sens par rapport à notre histoire, il est un point de passage fondamental dans la mesure où il authentifie la présence à un corps qui s’est libéré de l’emprise de la volonté et de l’intelligence. C’est par ce décrochage cérébral que nous ouvrons les portes du subconscient, avec d’un côté, le corps placé dans les conditions de sa sincérité, de l’autre, l’esprit toujours présent mais placé en seule position d’observateur. Le spasme tenu initialise une tension corporelle au niveau abdominal, que l’analysant peut faire évoluer et intensifier ce qui lui permettra de rendre conscient le subconscient du passé.

Le deuxième niveau de lapsus corporel est le niveau des mouvements primordiaux, avec transfert de la tension du ventre à la périphérie du corps. Ces premiers mouvements intentionnels sont porteurs d’un premier niveau de sens philosophique, qui s’exprime à travers un grand « NON » encore indéfinissable.

Les deux niveaux de lapsus corporels suivants, les mouvements orientés puis les mouvements précis, nous font ensuite entrer dans la partie symbolique d’une séance de psychanalyse corporelle. Les tensions corporelles se différencient alors en des tensions corporelles logiques qui produisent des souvenirs d’images, et des tensions corporelles illogiques qui produisent des souvenirs de douleur. Ces deux niveaux de lapsus nous conduisent vers deux couches de mémoire et de sens plus profondes : un sens historique, avec des flashs de notre histoire qui nous apparaissent dans le désordre, puis un sens psychologique, avec la visite de courtes séquences de nos différentes scènes traumatiques encore non différenciées.

Avec le cinquième niveau de lapsus corporel et l’apparition des mouvements concrets, nous quittons les niveaux symboliques pour véritablement entrer dans le revécu d’une scène traumatique. Cette fois, les tensions corporelles se spécialisent et se différencient en des mouvements qui miment ce qui s’est déroulé, et des mouvements qui expriment notre souffrance dans la situation. Ce niveau de mémoire nous donne accès à des détails concrets  qui plantent progressivement le décor d’une scène (lieu, date, personnages). Pour en avoir la perception centrale, il est nécessaire de franchir un sixième niveau de lapsus, les mouvements concrets saturés. Dès lors, l’accès à des détails concrets de plus en plus centraux nous livre peu à peu l’intégralité du scénario début-milieu-fin de la scène, mais à ce niveau, perçu du seul point de vue de la victime persécutée par un bourreau pour lequel elle n’éprouve que haine.

Il existe en effet un septième niveau de lapsus corporel, où dans un paroxysme de tension, nous accédons d’une part, à l’intime conviction du scénario de la scène sans plus le moindre doute ; d’autre part, à la conscience qu’il n’y a ni bourreau ni victime du fait d’un accès à une profondeur de mémoire supplémentaire. Celle-ci va en effet donner sens sur qui étaient vraiment nos parents dans cette scène, les faisant chuter du statut de bourreaux de notre histoire, à des parents bien maladroits et totalement démunis. C’est  donc à un tout autre point de vue sur la scène que nous parvenons, source d’une réconciliation profonde avec notre histoire.
Il ne devient en effet plus possible d’en vouloir au « bourreau de circonstance », simple représentant de l’espèce humaine, tellement nous avons accès à ses propres souffrances et en sommes touchés. Nous sommes aussi devant l’évidence de notre responsabilité effective dans la situation, d’une responsabilité qui se limite à celle d’avoir voulu vivre ou produire la vie.
La verbalisation associée à ce niveau de revécu corporel complet est bouleversante, tant nous sommes devant une personne qui parle soudain en vérité de la partie la plus dure de son existence. Et dans les heures qui vont suivre une telle verbalisation, la personne va voir remonter à la surface tout un ensemble de souvenirs de son passé qui, à la lumière de cette nouvelle connaissance, vont désormais prendre tout leur sens jusqu’à procurer ce sentiment si apaisant d’une parfaite cohérence et logique de vie.


– DISCUSSION - CONCLUSION –

Mettre en lumière la psychanalyste corporelle, c’est donc déjà faire valoir tout l’intérêt que peut représenter le fait de reconquérir certains souvenirs effectivement refoulés de notre passé, tant cette reconquête ouvre l’opportunité de pouvoir :
- mettre du sens sur tous nos comportements, nos schémas de réussite ou d’échec, en nous permettant d’identifier et de comprendre leur origine et ainsi de faire la paix avec soi-même ;
- se réconcilier en profondeur avec notre passé, notre histoire et notre famille ;
- tirer bénéfice de cette nouvelle compréhension de notre passé, pour transformer et améliorer notre vie au quotidien.

C’est aussi un acte pour témoigner qu’il existe des démarches attachées à recouvrir de tels souvenirs, qui sont parfaitement saines et dont l’éthique repose justement sur l’intégration intrinsèque d’une série de barrières infranchissables à tout processus de suggestion ou d’induction, à savoir :
- cette caution du corps sur laquelle elle s’appuie ;
- l’extrême codification de tous les niveaux de lapsus ;
- l’attitude de neutralité bienveillante du psychanalyste à même d’évaluer à tout moment la juste cohérence entre le niveau de séance corporelle et la verbalisation ;
- les exigences et les caractéristiques si singulières du septième niveau de lapsus qui ne peuvent tromper.

La psychanalyse corporelle comporte en outre l’exigence d’une investigation du passé qui rejoint la dimension concrète de l’évènement traumatique jusqu’à ce point d’intime conviction. En conséquence, la possibilité, pour ne pas dire le devoir de douter est de circonstance pour tous les niveaux de souvenirs intermédiaires. Retrouver son passé s’apparente donc à un véritable travail d’enquête qui nécessite rigueur et attitude de chercheur, en ne négligeant aucun indice, en sachant formuler des hypothèses, en pointant les manques ou les incohérences…

Les différences logiques entre le souvenir traumatique tel qu’il peut nous apparaître à un niveau de séance symbolique et le  souvenir traumatique de la même scène identifié depuis ce point d’intime conviction du dernier niveau de lapsus corporel, ne sont parfois pas neutres. Pour parfaitement l’illustrer, il suffit d’un seul exemple, décrit dans leur ouvrage commun par Bernard Montaud et Jean-Claude Duret7 : «Nous avons rencontré une personne qui dans les niveaux symboliques rapportait un abus sexuel de la part de son père. Par la suite la réalité objective s’est avérée n’être qu’un simple regard de son père vers la petite fille assise jambes ouvertes sur la cuvette des WC en pleine nuit. Mais le père, venant de faire l’amour avec sa femme, avait les yeux encore remplis de son plaisir avec elle, et la petite fille s’en est sentie profondément pénétrée». Cet exemple montre bien à quel point un sentiment d’abus ne peut avoir en définitive qu’une réalité symbolique, et qu’il peut exister deux versions des faits selon le niveau de profondeur de séance.

Cet exemple illustre plus largement l’extrême sensibilité des informations recueillies dans toute démarche de recherche du passé, et les responsabilités bilatérales qui en découlent. Comment une personne se saisira-t-elle dans sa vie d’un souvenir reconquis qui ne dépassera jamais le niveau où nous sommes convaincus d’être victime avec un bourreau qui doit payer ? Plus largement, il faut bien avoir à l’esprit que l’homme, dans son principe de fonctionnement traumatique, a naturellement besoin d’un coupable ou d’un bourreau au-dehors pour justifier sa douleur au-dedans. Ce qui permet aussi de bien comprendre cette dynamique grandissante de procès qui vise à démontrer que le responsable est toujours l’autre. Pour être parfaitement clair, dans l’éthique qui nous habite en tant que psychanalyste corporel, le fait qu’un « patient » utiliserait partie de la découverte de son passé pour régler ses comptes avec ses proches mettrait immédiatement fin à sa psychanalyse.
C’est bien une toute autre perspective que de rejoindre ce niveau de réconciliation qu’offre la psychanalyse corporelle. En effet, au-delà de la connaissance de son passé pour mieux vivre son présent, l’enjeu est de nous permettre de mieux aimer. Oser dire tous nos « je t’aime » à nos proches, nos parents, nos conjoints, nos enfants….dans une relation apaisée sans bourreau ni victime.


Références bibliographiques :
1- Elisabeth Loftus, Le syndrome des faux souvenirs – Ces psys qui manipulent la mémoire, Editions Exergue, 2001.
2- Brigitte Axelrad, Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée, Editions Book-e-book, 2010.
3- Brigitte Axelrad, Faux souvenirs et manipulation mentale, www.la-psychologie.com, 2008
4- Brigitte Axelrad, Petites histoires des recherches sur les faux souvenirs, www.la-psychologie.com, 2008.
5- Arnold Wesker, Souvenirs fantômes, Editions L’avant-scène théâtre, 2004.
6- Bernard Montaud et Jean-Claude Duret, Allô mon corps, Editions EDIT’AS, 2005.7- Bernard Montaud et al., Ni bourreau ni victime, Editions EDIT’AS, 2009.

 

L’article de décembre 2010 de la Lettre de la Psychanalyse Corporelle


Bonjour, La dernière Lettre vous présentait, souvenez-vous, le début d'une journée de travail de Nathalie.Ici, vous allez pouvoir lire, d’un point de vue plus théorique, ce qui est occupé de se jouer pour Nathalie ce matin là.
Comment se fait-il que Nathalie se sente toujours harcelée ? En vous souhaitant une bonne année 2011.
Le subconscient du passé

Bruno BERTE Psychanalyste, Psychanalyste Corporel
Vous vous souvenez de Nathalie dont je vous parlais dans la Lettre précédente*. Cette femme qui, se sentant ‘harcelée’ dès son début de journée par son collègue, avait le choix entre la répétition inconsciente de son histoire ou la prise en compte amoureuse de cette étudiante qu’elle avait été, ou encore de ce bébé harcelé dans son lit dans sa plus tendre enfance.
Cette femme avait deux avenirs devant elle ce matin-là : ne rien faire et être un peu plus accablée par l’arrivée de son collègue, ou sentir combien son histoire se répète encore et toujours, et tellement l’accueillir.
La répétition de l’histoire est nécessaire pour se sentir exister et donner du sens à tout ce qui nous arrive. Les psychanalystes parlent d’inconscient, les psychanalystes corporels d’inconscient et de subconscient.
Le subconscient est un ‘inconscient’ accessible à la conscience. Il contient l’ensemble de toutes les expériences qui ont construit notre vie depuis notre naissance. C’est cet incroyable réservoir d’expériences, les traumatismes et les cycles traumatiques qui font notre personnalité.
Dans l’exemple de Nathalie, c’est le souvenir à l’université ou la scène traumatique de la petite enfance. « Le subconscient lui raconte
que cette angoisse dans l’instant n’est pas anodine, que son histoire ne fait que se répéter sous une autre forme, (…). ».
En effet, non seulement la personne n’est jamais déliée du passé mais en plus celui-ci colore toutes nos expériences de vie de la même manière. Le subconscient opère automatiquement une superposition passé/présent pour nous maintenir dans notre cycle traumatique, dans notre personnalité. Dans le cas précité, Nathalie ne peut que se sentir ‘harcelée’, définitivement.

La différence entre le subconscient et l’inconscient est que ce dernier n’est pas accessible à la conscience.
L’inconscient est l’ensemble de ce qui est contenu dans les couches profondes de notre humanité, toutes les expériences accumulées qui font, par exemple, que l’homme n’a pas inventé le sang chaud, ou la digestion, ou la reproduction, ou encore la minéralité de notre squelette.
L’ensemble de cet inconscient, pour les psychanalystes
orporels, est donc constitué par la mémoire de ce qui a été mis en place par les centres de conscience « C’EST », « ON » et « NOUS », c’est-à-dire par les expériences déposées en nous et héritées du monde minéral, du monde végétal et du monde animal. Un inconscient qui possède trois couches de profondeur et des acquisitions qui nous permettent de nous adapter à chaque situation présente**.
A l’inverse de l’inconscient, le subconscient peut devenir conscient par un travail sur soi.
Cela nous demande d’être capables de nous arrêter sur l’instant pour y voir la répétition de notre histoire traumatique, en sourire et poser un Acte de transformation intérieure. Ce pas de maturité qui nous est demandé aujourd'hui nous invite à devenir un être plus mature, plus conscient, plus aimant. Ce pas de maturité appelle un autre centre de conscience. Se pourrait-il qu’il y ait un subconscient du futur qui nous y invite ? 

Nathalie, grâce à l’accompagnement de son psychanalyste corporel, est habituée maintenant à repérer celle qui, soit se sent harcelée, soit qui permet aux autres de la harceler.

A force, elle est parvenue à s’occuper d’elle un peu plus amoureusement. Elle met des limites pour n’être sollicitée par son collègue que dans des situations de travail réellement problématiques.
Nathalie et son collègue partagent même des moments de complicité, tellement cet homme a pu aussi grandir en prenant en charge son travail plutôt que de compter sans cesse sur sa collègue.
Grâce à cette pratique*** qui consiste à se voir dans l’instant, puis  à faire remonter et utiliser les souvenirs de harcèlement ou une scène  traumatique, Nathalie expérimente un autre état de son être. Son corps réagit différemment : sa cage thoracique s’ouvre et elle respire plus  librement. Même son corps suit la transformation de Nathalie, à  l’image de ce qu’elle pourrait devenir. Plus mature, plus consciente, plus aimante.
Nathalie n’est plus harcelée mais a fait un jeu de ces  interpellations de harcèlement.  Elle évite ainsi d’arriver à une  situation qui empire jusqu’à la crise d’angoisse. Désormais, elle est  libre de succomber à la tentation de tout faire pour se sentir ou être harcelée, ou de vivre amoureusement  « celle qui se sent harcelée ».

* Berte B., L’instant présent, dans La Lettre 6 de la Psychanalyse Corporelle, mai 2010.
** Montaud B. et coll.,  La psychologie nucléaire - un accompagnement
du Vivant, éd. Edit’as, 2000.
*** Note : pour une description complète de cette pratique de
retournement intérieur, le lecteur pourra se référer à l’ouvrage César
et le Maître des hirondelles, de Montaud B., éd. Edit’as, 2010, pp. 246-251.

Partout, il nous est conseillé de vivre l’instant présent, l’ici et maintenant.  Mais comment fonctionne cet instant auquel nous sommes conviés en permanence ?
Imaginez  Nathalie, mariée, deux jeunes enfants, cadre dans une société d’import-export. Suivons là dans un début de journée banal.

15 mars 2010

8h45
Nathalie arrive au travail. Elle est énervée, elle vient de déposer ses deux enfants à l’école. Elle a dû assumer toute seule le lever et la préparation des enfants, son mari est en voyage d’affaires.
8h50
La standardiste l’interpelle et lui donne trois messages qui viennent d’arriver et un appel urgent de son chef.
8h55
Nathalie s’installe à son bureau en se demandant comment il est possible d’être déjà sur les nerfs et aussi fatiguée.
10h20
Nathalie est au travail, complètement débordée, elle voit arriver avec inquiétude son collègue qui vient comme d’habitude  demander des conseils. Elle sait déjà que quand il partira, elle aura du travail supplémentaire et une partie du travail de son collègue restera sur son bureau. Elle tousse et éprouve une sensation étrange de moiteur et de chaleur au niveau de la poitrine. « Que se passe-t-il, ferais-je une crise d’angoisse ? » se demande-t-elle.
« Comment se fait-il que la simple arrivée de mon collègue me mette dans un tel état ? Pourquoi je ne peux pas dire ‘non’ ? »

Faisons un arrêt sur image. Que se passe-t-il dans cet instant précis ?
Nathalie éprouve des sensations physiques et psychiques intenses et peu en rapport avec la situation. Pourquoi une telle angoisse à la simple apparition de son collègue ?
Pourquoi souffrir autant dans cette situation somme toute assez banale. Levons le voile de l’instant.

L’ici et maintenant…

Nathalie s’arrête un instant et après quelques secondes, un souvenir lui apparaît.
Elle est à l’université. Julie, son amie, lui demande de relire le travail à remettre au prof. de sciences sociales.  C’est étonnant comme lui reviennent en mémoire le titre du travail, le nombre de pages, comme si tout à coup elle était dans un autre espace-temps, en mai 93. Elle n’aimait ni ce sujet ni ce cours, pourtant elle a passé les deux soirées suivantes à corriger. Etonnant ! Elle plonge un peu plus dans le souvenir et se rappelle combien elle aimait cette amie nettement moins douée et ne pouvait lui refuser son aide. La remise du travail était urgente.
Pourquoi ce souvenir?
Le subconscient lui raconte que cette angoisse dans l’instant n’est pas anodine, que son histoire ne fait que se répéter sous une autre forme, qu’elle se sent encore et toujours obligée de voler au secours de ce collègue et qu’elle sera un peu plus débordée. En fait elle a raison de s’inquiéter et de s’angoisser. Tout va recommencer.
Nathalie est occupée de souffrir bien plus qu’il n’est nécessaire dans cette situation. Mais était-il nécessaire d’en souffrir ?

Jamais délié du passé !

Nous abordons chaque instant avec un besoin de sens et le subconscient choisit de manière extrêmement fine un instant du passé qui non seulement correspond précisément à la situation mais nous prévient que ce qui arrive est identique et connu. Ce qui nous permet d’exister comme d’habitude et d’être dans un même comportement répétitif. Ce que les psychanalystes corporels appellent le cycle traumatique.
Le passé vient donc sans cesse se ‘souperposer’ systématiquement à la situation présente. L’instant présent est lu, interprété et vécu comme une situation similaire du passé. Et cela sans que nous nous en rendions compte.

Et les situations similaires du passé les plus pertinentes sont les quatre grandes scènes qui nous ont structurés dans notre enfance, nos scènes traumatiques.
Voyons ce qu’il en est pour Nathalie.

Avril 1972, scène de la petite enfance

Nathalie a quelques mois, ses parents  partent en vacances, sa maman épuisée suit le conseil de son mari, déposer le bébé chez sa tante. Nathalie est dans son lit cage, l’après-midi, elle voit le soleil par la fenêtre sur la droite. Sans arrêt le cousin de 17 ans chargé de la surveiller pendant que la tante est partie faire les courses revient dans sa chambre. Nathalie sent quelque chose d’anormal, ne comprend pas pourquoi il l’ennuie tout le temps, revient sans cesse, la bouscule, la harcèle. Elle pleure de plus en plus mais personne ne viendra. Le cousin s’énerve sur cette petite jusqu’à l’étouffer avec le drap pour que cela cesse. Nathalie sent bien que ce garçon a des comptes à régler avec sa mère, qu’il n’est pas content de devoir la surveiller. Revenant sans cesse il n’est plus lui-même jusqu’à la secouer par les pieds pour que les pleurs cessent. C’est du harcèlement et cela ne finira pas, Nathalie a de plus en plus peur. Elle a accès comme tous les touts petits  à l’histoire de ce cousin étouffé par cette maman, qui doit toujours l’aider à la maison pour, en fin de compte, ne pas pouvoir sortir et rencontrer sa petite amie.


Et notre liberté dans tout ça ?

L’instant présent n’est jamais libre d’influence. Notre liberté va se mesurer à notre capacité à prendre conscience de ce qui se passe dans l’instant, à tenir compte de ce souvenir qui vient se ‘souperposer’ au présent. Nathalie n’est pas celle qui ne peut dire ‘non’ mais bien celle qui a traumatiquement besoin d’être harcelée.
Revenons à Nathalie ce15 mars.
Cette femme a deux possibilités : ne rien faire et être un peu plus accablée par l’arrivée de son collègue ou sentir combien son histoire se répète encore et toujours. Deux avenirs ce jour-là à 10h20 du matin.
Laisser la maîtrise à son histoire traumatique et subir les évènements jusqu’à s’épuiser dans son travail, laisser les angoisses prendre de l’ampleur, rentrer chez elle sans pouvoir être disponible à sa propre vie. Et au final s’éloigner de plus en plus d’elle-même et de son entourage.
Ou choisir une autre vie et parler à cette jeune étudiante qu’elle était, harcelée même par sa meilleure amie. Et mieux, reprendre amoureusement le souvenir de la scène de la petite enfance, ce petit bébé qu’elle a été, lui dire les mots d’amour et lui donner les caresses qui lui ont manqué ce jour là. S’innocenter de ces maladresses d’amour de ses parents, de sa tante et du cousin. En un mot, se pardonner d’être ainsi construite et trouver comment aider concrètement son collègue, en tenant compte amoureusement d’elle-même. Un autre moment à 10h20, vécu complètement différemment où Nathalie donne rendez-vous à son collègue pour l’aider dans la mesure de ses moyens et lui apprendre les éléments qui le rendront de plus en plus indépendant. Voilà l’instant présent vécu consciemment qui permet une toute autre vie dans l’instant suivant. Un instant transformé issu d’un être transformé.

Le souvenir a la capacité de nous ramener dans notre passé, dans notre souffrance unique avec comme seul enjeu : vas-tu te contenter aujourd’hui de ton fonctionnement traumatique ou es-tu capable de suffisamment d’amour pour transformer ton quotidien ?

Prendre en compte l’avertissement subconscient qui se raconte sans cesse comme une possibilité de transformation du quotidien, d’un plus d’amour dans les petits évènements, n’est-ce pas tenir compte de ce qui en nous voudrait nous faire accéder au meilleur de nous-mêmes. Ne serait-ce pas tout compte fait, faire preuve d’esprit sain !

 

L’article de Juillet 2010 de  la Lettre de la Psychanalyse Corporelle


L’instant présent

Bruno BERTE
Psychanalyste, Psychanalyste Corporel

Partout, il nous est conseillé de vivre l’instant présent, l’ici et maintenant.  Mais comment fonctionne cet instant auquel nous sommes conviés en permanence ?
Imaginez  Nathalie, mariée, deux jeunes enfants, cadre dans une société d’import-export. Suivons là dans un début de journée banal.

15 mars 2010

8h45
Nathalie arrive au travail. Elle est énervée, elle vient de déposer ses deux enfants à l’école. Elle a dû assumer toute seule le lever et la préparation des enfants, son mari est en voyage d’affaires.
8h50
La standardiste l’interpelle et lui donne trois messages qui viennent d’arriver et un appel urgent de son chef.
8h55
Nathalie s’installe à son bureau en se demandant comment il est possible d’être déjà sur les nerfs et aussi fatiguée.
10h20
Nathalie est au travail, complètement débordée, elle voit arriver avec inquiétude son collègue qui vient comme d’habitude  demander des conseils. Elle sait déjà que quand il partira, elle aura du travail supplémentaire et une partie du travail de son collègue restera sur son bureau. Elle tousse et éprouve une sensation étrange de moiteur et de chaleur au niveau de la poitrine. « Que se passe-t-il, ferais-je une crise d’angoisse ? » se demande-t-elle.
« Comment se fait-il que la simple arrivée de mon collègue me mette dans un tel état ? Pourquoi je ne peux pas dire ‘non’ ? »

Faisons un arrêt sur image. Que se passe-t-il dans cet instant précis ?
Nathalie éprouve des sensations physiques et psychiques intenses et peu en rapport avec la situation. Pourquoi une telle angoisse à la simple apparition de son collègue ?
Pourquoi souffrir autant dans cette situation somme toute assez banale. Levons le voile de l’instant.

L’ici et maintenant…

Nathalie s’arrête un instant et après quelques secondes, un souvenir lui apparaît.
Elle est à l’université. Julie, son amie, lui demande de relire le travail à remettre au prof. de sciences sociales.  C’est étonnant comme lui reviennent en mémoire le titre du travail, le nombre de pages, comme si tout à coup elle était dans un autre espace-temps, en mai 93. Elle n’aimait ni ce sujet ni ce cours, pourtant elle a passé les deux soirées suivantes à corriger. Etonnant ! Elle plonge un peu plus dans le souvenir et se rappelle combien elle aimait cette amie nettement moins douée et ne pouvait lui refuser son aide. La remise du travail était urgente.
Pourquoi ce souvenir?
Le subconscient lui raconte que cette angoisse dans l’instant n’est pas anodine, que son histoire ne fait que se répéter sous une autre forme, qu’elle se sent encore et toujours obligée de voler au secours de ce collègue et qu’elle sera un peu plus débordée. En fait elle a raison de s’inquiéter et de s’angoisser. Tout va recommencer.
Nathalie est occupée de souffrir bien plus qu’il n’est nécessaire dans cette situation. Mais était-il nécessaire d’en souffrir ?

Jamais délié du passé !

Nous abordons chaque instant avec un besoin de sens et le subconscient choisit de manière extrêmement fine un instant du passé qui non seulement correspond précisément à la situation mais nous prévient que ce qui arrive est identique et connu. Ce qui nous permet d’exister comme d’habitude et d’être dans un même comportement répétitif. Ce que les psychanalystes corporels appellent le cycle traumatique.
Le passé vient donc sans cesse se ‘souperposer’ systématiquement à la situation présente. L’instant présent est lu, interprété et vécu comme une situation similaire du passé. Et cela sans que nous nous en rendions compte.

Et les situations similaires du passé les plus pertinentes sont les quatre grandes scènes qui nous ont structurés dans notre enfance, nos scènes traumatiques.
Voyons ce qu’il en est pour Nathalie.

Avril 1972, scène de la petite enfance

Nathalie a quelques mois, ses parents  partent en vacances, sa maman épuisée suit le conseil de son mari, déposer le bébé chez sa tante. Nathalie est dans son lit cage, l’après-midi, elle voit le soleil par la fenêtre sur la droite. Sans arrêt le cousin de 17 ans chargé de la surveiller pendant que la tante est partie faire les courses revient dans sa chambre. Nathalie sent quelque chose d’anormal, ne comprend pas pourquoi il l’ennuie tout le temps, revient sans cesse, la bouscule, la harcèle. Elle pleure de plus en plus mais personne ne viendra. Le cousin s’énerve sur cette petite jusqu’à l’étouffer avec le drap pour que cela cesse. Nathalie sent bien que ce garçon a des comptes à régler avec sa mère, qu’il n’est pas content de devoir la surveiller. Revenant sans cesse il n’est plus lui-même jusqu’à la secouer par les pieds pour que les pleurs cessent. C’est du harcèlement et cela ne finira pas, Nathalie a de plus en plus peur. Elle a accès comme tous les touts petits  à l’histoire de ce cousin étouffé par cette maman, qui doit toujours l’aider à la maison pour, en fin de compte, ne pas pouvoir sortir et rencontrer sa petite amie.


Et notre liberté dans tout ça ?

L’instant présent n’est jamais libre d’influence. Notre liberté va se mesurer à notre capacité à prendre conscience de ce qui se passe dans l’instant, à tenir compte de ce souvenir qui vient se ‘souperposer’ au présent. Nathalie n’est pas celle qui ne peut dire ‘non’ mais bien celle qui a traumatiquement besoin d’être harcelée.
Revenons à Nathalie ce15 mars.
Cette femme a deux possibilités : ne rien faire et être un peu plus accablée par l’arrivée de son collègue ou sentir combien son histoire se répète encore et toujours. Deux avenirs ce jour-là à 10h20 du matin.
Laisser la maîtrise à son histoire traumatique et subir les évènements jusqu’à s’épuiser dans son travail, laisser les angoisses prendre de l’ampleur, rentrer chez elle sans pouvoir être disponible à sa propre vie. Et au final s’éloigner de plus en plus d’elle-même et de son entourage.
Ou choisir une autre vie et parler à cette jeune étudiante qu’elle était, harcelée même par sa meilleure amie. Et mieux, reprendre amoureusement le souvenir de la scène de la petite enfance, ce petit bébé qu’elle a été, lui dire les mots d’amour et lui donner les caresses qui lui ont manqué ce jour là. S’innocenter de ces maladresses d’amour de ses parents, de sa tante et du cousin. En un mot, se pardonner d’être ainsi construite et trouver comment aider concrètement son collègue, en tenant compte amoureusement d’elle-même. Un autre moment à 10h20, vécu complètement différemment où Nathalie donne rendez-vous à son collègue pour l’aider dans la mesure de ses moyens et lui apprendre les éléments qui le rendront de plus en plus indépendant. Voilà l’instant présent vécu consciemment qui permet une toute autre vie dans l’instant suivant. Un instant transformé issu d’un être transformé.

Le souvenir a la capacité de nous ramener dans notre passé, dans notre souffrance unique avec comme seul enjeu : vas-tu te contenter aujourd’hui de ton fonctionnement traumatique ou es-tu capable de suffisamment d’amour pour transformer ton quotidien ?

Prendre en compte l’avertissement subconscient qui se raconte sans cesse comme une possibilité de transformation du quotidien, d’un plus d’amour dans les petits évènements, n’est-ce pas tenir compte de ce qui en nous voudrait nous faire accéder au meilleur de nous-mêmes. Ne serait-ce pas tout compte fait, faire preuve d’esprit sain !

Le point de théorie de la Lettre de la Psychanalyse Corporelle juillet 2010

Rôle de la région lombaire en psychanalyse corporelle : Exemple
Jean-Michel Lasbouygues
Kinésithérapeute, Psychanalyste corporel

En quoi l’accompagnement psychique de la personne concerne les professionnels du corps tel que les kinésithérapeutes?

Actuellement les professions de santé sont interpellées par la demande croissante de leur patientelle : celle d’un mieux-être psychologique. Nous, kinésithérapeutes, par le temps que nous passons avec nos patients et par l’intimité relationnelle de nos soins, avons une place privilégiée pour pouvoir observer combien les souffrances physiques et psychiques sont étroitement liées et à portée de main. Conscients de cet état de chose, ne serait-il pas l’heure pour notre profession de se questionner sur cette dimension psychique et de se doter d’une vraie compétence d’accompagnement de la personne ? Cette réponse, attendue de nos patients, ne serait-elle pas bénéfique en termes de qualité des soins ? Ne serait-elle pas aussi, dans son exercice complémentaire et non conventionné, une satisfaction financière pour le kinésithérapeute ? 
Et puis pour tout passionné du corps et de l’individu, c'est une véritable aventure que d'accompagner une personne à découvrir les évènements culminants et décisifs de son passé. C'est aussi une nouvelle rencontre avec le corps, devenu confident, sauvage, instinctif et qui apporte du sens au delà de l'intelligence. Il n'est plus seulement ce témoin passif de la douleur physique que l'on rencontre dans le soin, il devient le témoin actif de la douleur psychique. Ici c’est un nouveau rôle que nous pouvons avoir et qui ouvre de nouvelles perspectives à nos mains.
Pour ma part, je suis profondément convaincu que notre métier va de plus en plus s’ouvrir à cette dimension, complémentaire à notre savoir-faire actuel.

Pour rappel, sur quel principe repose la psychanalyse corporelle ?

La psychanalyse corporelle sollicite la mémoire du corps, qu'elle associe à l'expression verbale. Elle repose sur le principe du lapsus corporel, c'est à dire ces mouvements involontaires, conscients, qui réveillent en nous les images de notre passé. Le lapsus corporel agit comme ces tubes musicaux de notre jeunesse dont l'écoute nous replonge instantanément dans l'ambiance, les gestes, les odeurs précis de cette période de notre existence.
C'est en traversant 7 niveaux de lapsus corporels auxquels correspondent 7 couches de mémoire psychique que la personne va, pas après pas, découvrir ce qui lui est arrivé 30 ou 40 ans plus tôt. Plus la personne progresse dans les niveaux de lapsus, plus elle revit précisément ses scènes traumatiques, d'abord de façon symbolique, puis de façon très concrète. La psychanalyse corporelle permet non seulement de retrouver son passé, mais de le revivre intimement, en ne laissant aucune place aux interprétations.
Comme vous l’aurez compris, la psychanalyse corporelle n’a pas la vocation ni la prétention d’interpréter à la place des personnes l’origine psychique de leur symptôme douloureux. Elle a la vocation d’accompagner la personne à trouver par elle-même, et à l’aide de son corps, le sens profond des douleurs de son histoire et parfois celles de son corps.

Quel regard la psychanalyse corporelle porte telle sur la région lombaire ?

Pour aborder la région lombaire avec le regard de la psychanalyse corporelle, il me faut introduire une nouvelle notion, celle de la tension lapsusale. La tension lapsusale est une tension corporelle qui produit des lapsus subconscients c'est-à-dire des mouvements archaïques du corps capables de ramener des souvenirs du passé. Cette tension, qui apparaît en début de séance, va se spécilialiser au fur et à mesure que la personne progresse dans les 7 niveaux de lapsus, en deux familles de tension physique qui cohabitent. Ce sont les mouvements d’intensités et les mouvements d’images.

Il y a donc deux familles différentes de lapsus corporels.

Oui, et ces deux familles ont une expression corporelle différente et des rôles différents.

La première famille est celle des mouvements d’intensités. Ils ramènent les informations relatives à la douleur psychique que l’enfant traverse  dans sa scène traumatique. Ce sont des mouvements
illogiques allant au conflit articulaire et qui sont toujours la trace de l’intensité de cette souffrance. On cherche à se refaire mal comme dans le passé.

Cette intensité douloureuse, intérieure, psychique, est le socle du revecu en psychanalyse corporelle.

La region lombo-pelvienne en est une expression centrale et un vecteur prépondérant. En effet, nous pouvons observer qu’en moyenne, dans 8 cas sur 10, le corps se met dans une posture de lordose lombaire, très inconfortable, souvent douloureuse, qui ramène enfin à la conscience notre douleur originelle du passé, celle qui habite si souvent de manière subconsciente notre présent et qui pollue inlassablement notre capacité à bien vivre. ( cf. photo1)

La région lombaire apparaît donc en pratique comme une zone d’expression majeure et capitale de l’intensité de la douleur psychique traversée par l’enfant au moment de sa scène traumatique. Elle est un foyer de convergence de la douleur psychique.

La deuxième famille est celle des mouvements images. Ce sont des mouvements logiques évoquants des détails de la situation concrète du traumatisme. Ils ramènent à la conscience de l’adulte ce que l’enfant voit, fait et dit dans sa scène traumatique. En quelque sorte, ce sont les éléments concrets du sénario.

Nous pouvons citer le cas de Jacques dans un extrait de sa séance. A ce moment, son corps s’exprime dans sa main qui mime un mouvement de préhension. ( cf. photo 2) Puis, peu à peu, ses doigts se crispent intensément, enroulant le poignet dans une hyper flexion douloureuse. Cette augmentation de tension dans son bras va se propager dans l’axe de la colonne vertébrale, mettant à son tour la région lombo-sacrum en lordose. Nous assistons ici au passage d’un niveau de lapsus 6 à 71 qui exprimera d’une part, dans la main, les éléments concrets de son histoire, et d’autre part dans les lombaires, des information relatant la douleur psychique de l’enfant.
En effet, durant sa verbalisation d’après séance, il racontera avoir ouvert de sa petite main la porte du couloir, celle qui mène aux chambres du haut, en tournant la poignée ronde car il y a entendu du bruit. C’est à cet instant qu’il tombe des nues devant son père embrassant sa tante (images issues du mouvement de préhension). Sa main s’accrochant alors à cette poignée de porte comme  à une « bouée de sauvetage » (douleur du poignet en hyper flexion ) en même temps qu’il prend conscience combien ce secret, qu’il partage désormais, le plonge dans un conflit psychique inextricable (douleur de ses lombaires coincées en lordose), aux conséquences irrévocables sur le couple de ses parents, et dont il ne trouvera comme solution psychique que d’accépter ce mensonge familial en optemperant au regard autoritaire de son père.
Il témoignera plus tard dans une autre séance, pliant sous la pression du conflit psychique de cette scène de la petite enfance, qu’il referma sans bruit la porte, redescendit l’escalier sur la pointe de ses pantoufles et alla s’allonger dans son lit, remontant la converture jusqu’au dessus de sa tête, avec la volontée absolue de tout oublier. Il se réveillera un peu plus tard, faisant semblant de se lever à peine. Nous précisons qu’à ce stade de sa progression, ce n’est pas encore tout à fait la fin du revécu, car il découvrira un peu plus tard le monde de son papa et de sa maman. Cette nature d’informations psychiques le réconciliera avec lui-même et avec eux.1
Ainsi l’association de ces deux types de mouvements amène un revécu corporel au détail près de la situation traumatique. D’un côté toutes les images de l’action et de l’autre, toute l’intensité sonore du drame sans laquelle le revécu intime serait impossible.

Une dernière question : à qui s'adresse la psychanalyse corporelle?
Cette psychanalyse s’adresse à des personnes en bonne santé psychique qui souhaitent améliorer leur existence. Nos vies ne se déroulent pas de manière linéaire. Le sociologue, tel que Erickson2, parle aussi de cycles de vie. Nous traversons tous des périodes d'épanouissement et des périodes de remise en question.
Aujourd'hui, de plus en plus d’hommes et de femmes, le plus souvent autour de la quarantaine, mais aussi autour de la trentaine, sont réveillés par des états d’âme ou parfois des évènements très douloureux, comme un divorce ou la perte d’un emploi. Ils ont alors besoin de trouver un sens à ces évènements, de donner un sens à leur vie. La psychanalyse  corporelle  est une des réponses  à ses périodes de crise, de doute et de remise en questions salutaires.
1. Pour plus de détails, le lecteur pourra se référer au chapitre 4 de l’ouvrage de MONTAUD, B., et DURET, J.-C., Allô mon corps... fondements de la psychanalyse corporelle, Saint Nicolas de la Balerme, Edit'as, 2005.

2. LEVINSON, D., The seasons of a Man's Life, New York, Ballantine Books, 1978.

L’article de Février 2009 de  la Lettre de la Psychanalyse Corporelle

Des faux souvenirs aux vrais souvenirs jusqu’ à la réconciliation.

La problématique de la mémoire abusée, des faux souvenirs induits est extrêmement grave et préoccupante.

Psychanalystes membres de l’Institut Français de Psychanalyse Corporelle, nous nous devons de partager avec vous ce que nous vivons dans nos cabinets.

Le double curseur passé-présent pour ordonner les méthodes psychothérapeutiques et psychanalytiques
B. Berte

Dans le monde de la psychologie et de la psychanalyse existe un consensus pour généralement admettre qu’il est possible de regrouper les psychothérapies et les psychanalyses sous quatre grandes familles, même s’il existe des centaines de pratiques : les psychanalyses y compris les psychothérapies psychanalytiques, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), les approches systémiques et enfin les techniques corporelles.

Dans cette recherche pour vous parler de la psychanalyse corporelle, m’est venue une idée simple pour ordonner ces différentes pratiques et situer notre nouvelle psychanalyse.

Passé ou présent ?

Toutes les pratiques s’intéressent plus ou moins au passé, plus ou moins au présent de la personne qui consulte. Elles peuvent donc s’ordonner sur un continuum passé-présent (fig.1).

La psychanalyse par exemple se positionne à gauche du continuum (passé) et les TCC à droite (présent). La psychanalyse recherche essentiellement dans le passé le sens de la souffrance et postule que quand le sens est découvert, le symptôme n’a plus lieu d’être. A l’inverse, les TCC s’occupent principalement du présent et des souffrances actuelles, l’essentiel étant l’existence quotidienne à améliorer.


Figure 1 : le continuum passé présent.

 

 

 

 

Il est possible de placer chaque méthode sur ce continuum avec toujours une tendance à être d’un côté ou de l’autre, passé ou présent. Mais plus une pratique se positionne d’un côté du continuum, plus elle a tendance à ignorer l’autre côté.

Nous avons donc besoin d’un double curseur, un curseur passé-présent (fig.2).

Reprenons l’exemple de la psychanalyse qui s’intéresse essentiellement au passé de l’individu et assez peu au présent, le curseur se positionne sur le passé mais influence inévitablement le deuxième curseur, le présent.

 

Figure 2 : Le double curseur passé-présent

 

 

 

 

A l’inverse, pour les thérapies cognitivo-comportementales, le double curseur se trouve côté présent.

 

 

 

Toutes les méthodes psychothérapeutiques et psychanalytiques peuvent s’ordonner sur ce schéma avec le double curseur passé-présent.

Le double curseur passé-présent se retrouve soit d’un côté du continuum, soit de l’autre, c’est une tendance générale même si nous pourrions toujours discuter sur telle ou telle méthode qui se rapprocherait du centre de ce continuum.

 

Passé et présent

 

La psychanalyse cherche le sens de la souffrance dans le passé de l’individu. Les thérapies cognitives et comportementales tentent d’améliorer l’existence actuelle.

Le travail sur le passé permet de s’apaiser par rapport à notre histoire, de savoir ce qui s’est déroulé. Le travail sur le présent permet quant à lui d’améliorer le quotidien. D’un côté nous pouvons « voir » ce qui s’est produit et qui se répète dans la vie de tous les jours, de l’autre poser des « actes » pour améliorer notre vie.

N’y aurait-il pas intérêt à tenir compte des deux, à voir notre histoire et à améliorer le quotidien ? Est-il possible d’imaginer une connaissance de notre passé qui ne serve pas notre vie ou une tentative d’amélioration du quotidien sans tenir compte de nos comportements répétitifs induits par notre histoire?

Cela peut sembler une évidence mais il suffit de se remémorer les guerres entre psy par livre noir et anti-livre noir pour se convaincre du contraire[1].

Et si le plus important était justement ce mot de liaison : et.

Ce serait alors comme positionner le double curseur le plus justement sur le passé et le présent.

 

 

S’occuper de quelqu’un pour qu’il transforme sa vie, serait s’inquiéter de son présent (symptômes/souffrances) et comprendre celui-ci depuis son passé (système répétitif/cycle traumatique).

La psychanalyse corporelle travaille de cette manière, elle donne autant d’importance à la recherche du passé qu’à l’accompagnement du présent : c’est 50/50. Tellement voir ce qui est à l’œuvre de notre passé dans l’instant présent, tellement s’apaiser de cette répétition de l’histoire que la personne peut  poser un acte dans le quotidien. Et là, le et prend même une toute autre dimension, il devient s’accueillir dans cet aspect cyclique et répétitif. « S’accueillir » dans notre nouvelle psychanalyse se nomme se pardonner, tellement il est inutile de s’en vouloir d’être construit de cette façon et plus sain d’avoir des mots d’amour pour soi-même. C’est la méthode VPA® de l’accompagnement en psychanalyse corporelle. (Voir, (se) Pardonner et poser un Acte)



[1] Le livre noir de la psychanalyse, Sous la direction de Catherine Meyer, 2005, Les Arènes.

L’anti-livre noir de la psychanalyse, sous la direction de Jacques Alain Miller, aux Éditions du Seuil, Paris, 2006

L’article du 1/07/08 de  la Lettre de la Psychanalyse Corporelle

« La tension lapsusale »,

Ne cherchez pas « lapsusale » dans un dictionnaire, ce mot n’existe pas. Lapsusale, veut dire, « qui fait des lapsus ». La tension lapsusale est une tension corporelle qui produit des lapsus subconscients posturaux, c’est-à-dire capables de ramener des souvenirs du passé.

Voici une synthèse d’un cours que Bernard Montaud a donné en décembre 2007.

 

Subconscient et Inconscient Nous ne pouvons pas ramener des souvenirs de l’inconscient, celui-ci est fait pour demeurer inconscient. Seul le subconscient est fait pour devenir conscient.L’inconscient provient d’un mimé très ancestral, c’est une économie de mémoire de l’évolution des espèces. En effet, nous sommes le résultat de milliers d’expériences nouvelles que la Vie a faites pour se préserver, au niveau du monde minéral, végétal et animal.Tout ce qui n’évolue pas meurt. Tout au long de l’évolution, il a fallu qu’une espèce –un minéral, un végétal, un animal- invente une nouvelle expérience créée par le contexte pour que la vie ne disparaisse pas sur terre. Cette nouvelle expérience est une engravation en nous, inconsciente, de ce que le minéral, le végétal ou l’animal ont inventé. Tout ce bagage demeure en nous pour que nous n’ayons pas à le reconquérir. Par exemple, nous retrouvons l’apport du minéral dans l’épaisseur que représente la constitution de notre squelette, dans une épaisseur d’être.C’est une fabuleuse mémoire innée en nous. Cet inné absolu remonte à l’origine de l’évolution des espèces. Ceci nous permet de  considérer quatre couches d’inconscient :-un inconscient minéral, -un inconscient végétal, -un inconscient animal, -et un inconscient hominal, ce que l’homme a inventé depuis six millions d’années. Le subconscient par contre n’est pas inné, il nous faut un passé personnel pour avoir un subconscient. Celui-ci est le témoignage d’expériences récentes de l’évolution des espèces avec lesquelles notre vie a été en contact.
Ce subconscient, contrairement à l’inconscient, est fait comme dans toutes les voies spirituelles, initiatiques, psychologiques, psychiatriques ou psychanalytiques, pour devenir conscient. Prendre conscience de notre passé personnel, de notre subconscient, c’est devenir présent.En nous dort un véritable trésor de la vie sur terre qui raconte toutes les nouvelles performances de toutes les étapes de toutes les espèces pour que nous soyons possibles. Si nous acceptons ce grand livre, ces milliers de chapitres remplis d’expériences et ces moments où la vie a failli disparaître de la terre, nous acceptons que nous appartenons à la même logique. Cette évolution ne peut donc pas s'arrêter avec nous, il existe une nouvelle performance que l’homme, ce dernier épisode du grand livre, doit inventer pour à son tour sauver la vie sur terre. C'est la conscience faite :- d’une présence à l'instant, - d’une connaissance du passé, - d’une pratique de retournement intérieur.Ces trois éléments sont indissociables. Il ne peut y avoir de conscience s'il manque l'un des trois. La tension lapsusale Ces postulats posés,  revenons à notre question de départ : qu'est-ce que la tension lapsusale ?La tension lapsusale est ce qui permet de rendre conscient le subconscient par un jeu de lapsus corporels qui évoquent psychiquement des images du passé.Essayons d'apercevoir toute la vie de cette tension lapsusale dans une séance de psychanalyse corporelle. Celle-ci comporte sept niveaux de profondeur mais ceux ci s'expriment à travers quatre types de manifestations physiques. Ces quatre types sont liés à l'intensité de la tension lapsusale. Le psychanalyste corporel est celui qui gère et qui régule la tension lapsusale lors d'une séance. Le premier type de séance (niveau de profondeur 1&2), le premier quart, est le niveau recherchant les spasmes. Le deuxième niveau (3&4) est la séance symbolique. Le troisième niveau (5&6) le revécu concret et le quatrième niveau (7),  tout voir et ne plus souffrir, sans bourreau ni victime.Ces quatre niveaux de séances sont déterminés par des différences d'intensité de la tension lapsusale partant du moins intense au plus intense, déterminant une clarté d'images de plus en plus précises. Cette tension lapsusale va donc produire des images de plus en plus claires en augmentant d'intensité. La première tension lapsusale va se manifester dans le spasme tenu. Celui-ci est l'acceptation de la tension corporelle consciente et involontaire. Le corps accepte d'être un corps sauvage, sans contrôle psychique, parce que seul celui-ci est capable de lapsus. Cette tension lapsusale de départ durant le spasme tenu est un étalonnage pour toute la séance. Nous sommes devant une mesure de l’intensité du lâcher prise et donc des possibilités qui s’annoncent dans la séance. À la fin de cette première étape, la personne en séance se trouve devant  un passage important à réaliser, à savoir transférer la tension lapsusale du centre du corps à la périphérie, c’est-à-dire aux membres. Pour ne pas perdre l'intensité de la tension de départ, ce transfert doit s’effectuer dans la continuité. Nous sommes devant une règle essentielle : maintenir la tension lapsusale permet de ne pas retourner dans l’intelligence et de vivre une séance intense.Donc à la fin de la première partie de séance, on a déjà débloqué le cérébral, fixé le corps sauvage, et transféré la tension lapsusale du centre à la périphérie du corps sans rien perdre en intensité. Nous entrons alors dans le deuxième niveau de séance, les séances symboliques, avec une intensité en périphérie égale à l'intensité de départ. La tension lapsusale se manifeste désormais de deux manières : par les points d'intensité et les points d'images. L'exigence de base de ce niveau est de maintenir et d'augmenter la tension. Naturellement le corps ne va pas en produire plus. C'est le psychanalyste qui propose le plus d'énergie. Et ensuite il s’agira d'équilibrer cette tension lapsusale entre les points d'intensité et les points d'images. Par l’augmentation de l'intensité de la tension, surgit un album photos de souvenirs et de flashs épars. Si nous équilibrons les points d'intensité et les points d'images, c'est comme si nous équilibrions le son et l'image d'un film d'horreur. Enlevons le son du film d'horreur, c'est une farce. Enlevons les images, ce sont des cris. Si nous régulons l'information sons/images c'est-à-dire douleur/images, nous nous connectons avec la profondeur. Celle-ci encore confuse, restitue un mélange de souvenirs et d'images des quatre traumatismes. Le but final de ce niveau de séance, c'est que cet équilibre intensité/images soit tenu par la personne, sans le psychanalyste.  Dans la troisième partie de séance -les séances concrètes- la tension lapsusale se transforme en mouvements d'intensité et en mouvements d'images. Ce ne sont plus des points. Nous sommes dans des séances mimées qui demandent un tout autre investissement personnel.Le but de cette troisième partie est d’équilibrer les mouvements d’intensité et les mouvements d’images dans une tension lapsusale encore plus intense. C’est cela qui va produire les images concrètes, c’est-à-dire l’augmentation de l’intensité et l’équilibre entre mouvements d’intensité et mouvements d’images. Là nous sommes dans le concret de la séance de psychanalyse corporelle. C’est l’été, nous sommes chez la grand-mère et il y a les cousins. Ici, les mouvements d’images (mime) vont prendre tout le corps et les mouvements d’intensité vont la plupart du temps devenir un conflit articulaire central. Dans le quatrième niveau de séance, nous accédons au niveau du pardon. Jusque là, la personne voit tout de la scène mais elle accuse et elle souffre. Au contraire, dans ce dernier niveau, le psychanalysé voit tout mais n’en souffre plus.À ce niveau de séance, le but de la tension lapsusale, est de prendre tout le corps dans un paroxysme. Celui-ci n'est possible que quand ce corps frôle la folie ou la mort. C'est une tout autre intensité qu'il faudra tenir jusqu'au bout. Il n'y a rien à équilibrer, il y a juste un problème de tension, d'augmentation de tension. Cette tension lapsusale acceptée et maintenue par le psychanalysé, gérée et augmentée par le psychanalyste, tension qui s’équilibre entre douleur et images tout au long d’une séance idéale, produit cet incroyable phénomène : tout voir de ce qui nous est arrivé et ne plus en souffrir. Bernard Montaud, chercheur, Ecrivain et Fondateur de la Psychanalyse Corporelle

 

Séances symboliques, séances concrètes en Psychanalyse Corporelle

7 niveaux de lapsus et 4 types de manifestation physique

Comme vous pouvez le lire dans l’article du trimestre, une séance idéale de psychanalyse corporelle comporte quatre types de manifestation physique, du lâcher prise corporel en passant par les séances qui produisent des images symboliques, ensuite des images concrètes, jusqu’au dernier niveau, qui est de tout voir du traumatisme et ne plus en souffrir.

Séances symboliques

Après avoir trouvé le décrochage cérébral et s’être engagé dans la tension lapsusale (niveau 1&2), le psychanalysé va être convié  aux séances que nous appelons symboliques et ensuite à des séances dites concrètes. Que recouvrent-elles d’un point de vue psychique?

Les séances symboliques, les niveaux de profondeur de mémoire 3&4, permettent à l’analysé de retrouver ce que nous appelons ‘l’album photo’ et ‘les séances ascenseurs’. Et c’est effectivement un ensemble épars de photos, de souvenirs de notre enfance et de notre adolescence, de courtes séquences de notre histoire mais aussi un mélange de nos différents traumatismes. C’est une première approche de nous-même, une préparation de notre subconscient à ce que nous allons rencontrer dans une scène traumatique.

Séances concrètes

Dans les séances concrètes, les niveaux 5&6, la personne se trouve confrontée à une scène traumatique précise. Le décor de la scène se met en place souvent par l’un ou l’autre détail, incroyable de précision. Le genre de détail qui intrigue et situe tellement bien les évènements à redécouvrir dans un lieu et une époque. De plus en plus concrètement dans les images et très corporellement jusque dans le mime, l’analysé revit un évènement dramatique de son histoire. Ce n’est plus un court métrage mais le film de l’histoire qui se complète avec les personnages, les objets, les situations et les actions concrètes des uns et des autres, jusqu’au drame entièrement revécu de ce jour précis.

Séances paroxystiques

Le dernier niveau de lapsus corporel (niveau 7) est cette reconquête de l’histoire jusqu’à l’ultime instant où la victime frôle la déraison et en même temps comprend le monde de ses bourreaux ; jusqu’à cet endroit extraordinaire où l’analysé a tout compris de l’évènement, où il n’y a plus ni bourreau, ni victime.

L’article du 1/12/07 de  la Lettre de la Psychanalyse Corporelle

Des fantasmes à la scène (part.1) Décembre 2007

La psychanalyse corporelle semble associer deux termes profondément antinomiques. La psychanalyse est intimement liée au langage jusque dans le rôle libérateur du souvenir retrouvé. Nous allons voir combien le corps est une porte d’entrée exceptionnelle vers l’inconscient et la vérité de chacun.

Freud découvre avec surprise combien les productions inconscientes se rapportent à ce que l’enfant a entendu très tôt, à partir de 6 ou 7 mois.(1)
Le père de la psychanalyse nomme scènes originaires les évènements réels, traumatisants, dont le souvenir se trouve derrière les fantasmes. Freud parle bien de scènes, c’est-à-dire de scénarios typiques en nombre limité (2) Il s’attache à mettre à jour des séquences, des scénarios imaginaires par lesquels tout le monde serait passé. Dans « L’homme aux loups » (3), Freud tente d’établir la réalité de la scène primitive ou originaire, celle du coït parental. Il essaye de la reconstruire jusque dans les moindres détails.
S’il ne parvient pas à l’établir ontogénétiquement, Freud se tourne alors vers l’histoire de l’espèce. Il est remarquable de noter combien pendant les premières années de sa recherche, il a toujours eu l’exigence de retrouver le ‘ roc de l’évènement ’.

Pour Laplanche et Pontalis (4), Freud cherchera continuellement derrière le fantasme ce qui a pu le fonder dans la réalité.

110 ans plus tard, il semblerait bien que nous ayons désormais les moyens d’accéder à ce qui détermine l’individu. En effet, la psychanalyse corporelle nous plonge dans la réalité vécue par l’enfant.

La psychanalyse corporelle

Cette psychanalyse corporelle se pratique en groupe avec des adultes en bonne santé mentale et physique. Idéalement elle se conduit de session en session, chacune de celle-ci comptant cinq jours. Chaque jour se décline en deux séances et chaque séance comporte environ 1h de travail corporel et une verbalisation pour conscientiser ce qui a été découvert en séance.

L’entretien de fin de session permet de prendre conscience de plus en plus, et de session en session, du principe de répétition que les psychanalystes corporels appellent cycle traumatique.

Mais qu’est-ce qu’une séance de psychanalyse corporelle ?

Les lapsus corporels (5)

C’est une série de lapsus corporels qui signe l’entrée et la progression dans une séance de psychanalyse corporelle. Le premier lapsus est fondamental, il indique au psychanalyste et au patient que ce dernier est prêt à entrer dans la séance, sa tête a accepté de laisser parler son corps.

Le patient s’installe en position allongée, et entame une négociation intérieure pour accepter de laisser aller son corps, pour admettre que la tête peut être là seulement en tant qu’observatrice. Le psychanalyste stimule et encourage ces lapsus. Il se passe alors quelque chose d’assez incroyable, l’apparition de spasmes. Ceux-ci sont des sursauts conscients et involontaires sans sens. Ils sont sans sens au niveau corporel mais fondamentaux au point de vue de l’acceptation du lâcher prise. C’est le premier niveau de lapsus corporel, c’est la porte d’entrée de la séance de psychanalyse corporelle. (niveau 1)

Les spasmes, par un effet d’entraînement mécanique, emmènent le corps dans des mouvements que l’on appelle mouvements généraux. Contrairement aux spasmes sans sens, ces mouvements indiquent très souvent un refus, un grand « non », une douleur immense. Il s’agit d’une douleur très générale, on parle de sens philosophique, c’est le niveau 2.

Les mouvements se précisent

Mais le corps n’en reste pas là, le grand « non » s’affine, le corps se tend, se tord, les mouvements s’orientent et montrent par là toute la douleur qui habite l’individu. D’avoir accepté de se laisser entraîner dans les premiers mouvements, ces derniers se précisent de plus en plus.

Une séance de psychanalyse corporelle, c’est comme suivre toutes les indications et les mouvements du corps pour aller vers plus de sens. La douleur immense du deuxième niveau va se préciser. C’est comme si le patient feuilletait l’album photo de sa vie et retrouvait des instants dramatiques de son histoire familiale. Devant ses yeux se rejouent des saynètes du passé (6), ce sont les niveaux 3 et 4. Nous voyons donc combien les différents niveaux de lapsus corporels permettent d’accéder aux différentes couches de mémoires psychiques.

Pour peu que le psychanalysé soit prêt à suivre son corps dans toutes les tensions et les émotions jusqu’au bout de ce qui lui est proposé, un instant précis, un moment extrêmement particulier de son histoire va lui apparaître. Un voile se déchire progressivement sur une scène qui contient l’ensemble de cette époque de sa vie. Nous sommes devant un scénario dramatique, précis jusque dans les détails. Ce sont les niveaux 5 et 6 des lapsus. Si le ressenti de cette époque peut être partiellement connu de la personne, la scène traumatique a été occultée totalement.

Nous sommes ici devant ce que Freud a cherché si longtemps, les souvenirs tellement précis et concrets, qui ont forgé l’individu.

A ce stade de la psychanalyse corporelle (niveau 7), le corps rentre dans des tensions et des postures insoupçonnées. Les personnes en arrivent à essayer de se retourner une articulation, de plier leur corps à la dimension douloureuse revécue dans la scène, jusqu’à l’ultime.

C’est l’accompagnement et l’encouragement du psychanalyste dans ces tensions extrêmes et l’engagement du psychanalysé qui permettent d’appréhender la totalité du drame.

Ce drame qui signe le traumatisme et l’oubli de la scène pour moins souffrir, se mesure assez peu dans l’extraordinaire des évènements extérieurs mais plutôt dans l’intensité du vécu intérieur de l’enfant.

Jusqu’au niveau 6, le patient ne rencontre que des bourreaux. Au niveau 7, il se rend compte qu’il était aux prises avec tellement de maladresses d’amour. Passer de l’autre côté du miroir permet de se réconcilier profondément avec les différents protagonistes et avec soi-même.

A cet endroit que la psychanalyse corporelle appelle ‘intime conviction’, la personne a tout « vu » et tout « re-compris » de ce qui est arrivé. Elle a reconquis toute la scène traumatique mais elle n’en éprouve plus aucune douleur ; elle est pleine d’amour pour ces êtres qui ne pouvaient pas agir autrement. Il n’y a plus ni bourreau, ni victime.

***

1. Berman, A., La naissance de la psychanalyse, Paris, Puf, 1973, p.170.

2. Laplanche, J., et Pontalis, J.-B., Vocabulaire de la psychanalyse, 7e éd., Paris, Puf, 1981, p.157.

3. dans Freud, S., Cinq psychanalyses, 14e éd., Paris, Puf, 1988.

4. Laplanche, J., et Pontalis, J.-B., Vocabulaire de la psychanalyse, 7e éd., Paris, Puf, 1981, p.438.

5. Pour une explication plus complète et des photos des différents niveaux, le lecteur lira utilement : MONTAUD, B. et DURET, J.-C., Allo mon corps, les fondements de la psychanalyse corporelle, Éd. Edit’as, 2005.

6. Pour suivre les niveaux de séance et les revécus d’un analysé, le lecteur pourra se reporter à : BERTE, B., La psychanalyse corporelle et le secret familial, dans Imaginaire et inconscient, L’Esprit du temps n°18, Décembre 2006

 

Le point de théorie de décembre 2007

De la théorie de la séduction à la théorie des fantasmes

Dans une lettre à W. Fliess de mai 1897 (1) et à propos de la structure hystérique, Freud écrit : « le but semble être de revenir aux scènes primitives. On y parvient quelquefois directement mais, en certains cas, il faut emprunter des voies détournées, en passant par les fantasmes. »

Et dans sa célèbre lettre du 21 septembre de la même année, Freud abandonne la théorie de la séduction, sa neurotica, dans laquelle il soutenait que la névrose hystérique avait pour origine un abus sexuel dans la petite enfance. Ne pouvant pas retrouver pour chaque patiente la réalité matérielle de l’évènement, Freud va mettre en avant la notion de fantasme (2). Les fantasmes et les fantasmes originaires seront les filtres à travers lesquels l’être humain va dorénavant percevoir le monde.

La réalité psychique devient plus importante que la réalité matérielle. C’est réellement le début de la psychanalyse.

En psychanalyse corporelle, nous revenons au concret da la scène traumatique, à la réalité matérielle qui préside à la construction de la personnalité. Nous le verrons ensemble, avec le cas de Juliette lors de la prochaine parution.

1. LETTRES À WILHELM FLIESS (1887-1904) de Sigmund Freud, édition revue et augmentée par Michael Schröter et Gerhard Fichtner. Traduit de l'allemand par Françoise Kahn et François Robert, PUF, 2006.

2. Le point de théorie se veut concis car le but n’est pas de dresser un état de la question. Je ne m’étendrai donc pas sur tout ce qui a pu être discuté sur cet évènement comme : -la mort 11 mois auparavant de son père et le besoin de le disculper, -ces moments particulièrement troublés de son auto-analyse et ses rapports avec Fliess, -les hésitations à abandonner cette théorie, -l’importance donnée au mythe d’Œdipe même si Freud en oublie le point de départ qui est quand même une agression sexuelle d’un père sur un adolescent, -sa rupture avec Ferenczi -quelques dizaines d’années plus tard- qui lui signale le nombre important d’adultes qui livrent en analyse le fait qu’ils ont abusés d’enfants, -les doutes dans la fin de sa vie (« Construction dans l’analyse »),…

Last Updated on Thursday, 07 March 2013 13:54
 
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