L’article de Février 2009 de la Lettre de la Psychanalyse Corporelle | Partout, il nous est conseillé de vivre l’instant présent, l’ici et maintenant. Mais comment fonctionne cet instant auquel nous sommes conviés en permanence ? Imaginez Nathalie, mariée, deux jeunes enfants, cadre dans une société d’import-export. Suivons là dans un début de journée banal. Des faux souvenirs aux vrais souvenirs jusqu’ à la réconciliation.
La problématique de la mémoire abusée, des faux souvenirs induits est extrêmement grave et préoccupante.
Psychanalystes membres de l’Institut Français de Psychanalyse Corporelle, nous nous devons de partager avec vous ce que nous vivons dans nos cabinets. Le double curseur passé-présent pour ordonner les méthodes psychothérapeutiques et psychanalytiques B. Berte
Dans le monde de la psychologie et de la psychanalyse existe un consensus pour généralement admettre qu’il est possible de regrouper les psychothérapies et les psychanalyses sous quatre grandes familles, même s’il existe des centaines de pratiques : les psychanalyses y compris les psychothérapies psychanalytiques, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), les approches systémiques et enfin les techniques corporelles. Dans cette recherche pour vous parler de la psychanalyse corporelle, m’est venue une idée simple pour ordonner ces différentes pratiques et situer notre nouvelle psychanalyse. Passé ou présent ? Toutes les pratiques s’intéressent plus ou moins au passé, plus ou moins au présent de la personne qui consulte. Elles peuvent donc s’ordonner sur un continuum passé-présent (fig.1). La psychanalyse par exemple se positionne à gauche du continuum (passé) et les TCC à droite (présent). La psychanalyse recherche essentiellement dans le passé le sens de la souffrance et postule que quand le sens est découvert, le symptôme n’a plus lieu d’être. A l’inverse, les TCC s’occupent principalement du présent et des souffrances actuelles, l’essentiel étant l’existence quotidienne à améliorer. Figure 1 : le continuum passé présent.
<!--[endif]--> Il est possible de placer chaque méthode sur ce continuum avec toujours une tendance à être d’un côté ou de l’autre, passé ou présent. Mais plus une pratique se positionne d’un côté du continuum, plus elle a tendance à ignorer l’autre côté. Nous avons donc besoin d’un double curseur, un curseur passé-présent (fig.2). Reprenons l’exemple de la psychanalyse qui s’intéresse essentiellement au passé de l’individu et assez peu au présent, le curseur se positionne sur le passé mais influence inévitablement le deuxième curseur, le présent. Figure 2 : Le double curseur passé-présent A l’inverse, pour les thérapies cognitivo-comportementales, le double curseur se trouve côté présent. Toutes les méthodes psychothérapeutiques et psychanalytiques peuvent s’ordonner sur ce schéma avec le double curseur passé-présent. Le double curseur passé-présent se retrouve soit d’un côté du continuum, soit de l’autre, c’est une tendance générale même si nous pourrions toujours discuter sur telle ou telle méthode qui se rapprocherait du centre de ce continuum. Passé et présent La psychanalyse cherche le sens de la souffrance dans le passé de l’individu. Les thérapies cognitives et comportementales tentent d’améliorer l’existence actuelle. Le travail sur le passé permet de s’apaiser par rapport à notre histoire, de savoir ce qui s’est déroulé. Le travail sur le présent permet quant à lui d’améliorer le quotidien. D’un côté nous pouvons « voir » ce qui s’est produit et qui se répète dans la vie de tous les jours, de l’autre poser des « actes » pour améliorer notre vie. N’y aurait-il pas intérêt à tenir compte des deux, à voir notre histoire et à améliorer le quotidien ? Est-il possible d’imaginer une connaissance de notre passé qui ne serve pas notre vie ou une tentative d’amélioration du quotidien sans tenir compte de nos comportements répétitifs induits par notre histoire? Cela peut sembler une évidence mais il suffit de se remémorer les guerres entre psy par livre noir et anti-livre noir pour se convaincre du contraire<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->. Et si le plus important était justement ce mot de liaison : et. Ce serait alors comme positionner le double curseur le plus justement sur le passé et le présent. S’occuper de quelqu’un pour qu’il transforme sa vie, serait s’inquiéter de son présent (symptômes/souffrances) et comprendre celui-ci depuis son passé (système répétitif/cycle traumatique). La psychanalyse corporelle travaille de cette manière, elle donne autant d’importance à la recherche du passé qu’à l’accompagnement du présent : c’est 50/50. Tellement voir ce qui est à l’œuvre de notre passé dans l’instant présent, tellement s’apaiser de cette répétition de l’histoire que la personne peut poser un acte dans le quotidien. Et là, le et prend même une toute autre dimension, il devient s’accueillir dans cet aspect cyclique et répétitif. « S’accueillir » dans notre nouvelle psychanalyse se nomme se pardonner, tellement il est inutile de s’en vouloir d’être construit de cette façon et plus sain d’avoir des mots d’amour pour soi-même. C’est la méthode VPA® de l’accompagnement en psychanalyse corporelle. (Voir, (se) Pardonner et poser un Acte)
Bruno Berte Bruno Berte, psychanalyste, psychanalyste corporel Partout, il nous est conseillé de vivre l’instant présent, l’ici et maintenant. Mais comment fonctionne cet instant auquel nous sommes conviés en permanence ? Imaginez Nathalie, mariée, deux jeunes enfants, cadre dans une société d’import-export. Suivons là dans un début de journée banal.
15 mars 2010
8h45 Nathalie arrive au travail. Elle est énervée, elle vient de déposer ses deux enfants à l’école. Elle a dû assumer toute seule le lever et la préparation des enfants, son mari est en voyage d’affaires. 8h50 La standardiste l’interpelle et lui donne trois messages qui viennent d’arriver et un appel urgent de son chef. 8h55 Nathalie s’installe à son bureau en se demandant comment il est possible d’être déjà sur les nerfs et aussi fatiguée. 10h20 Nathalie est au travail, complètement débordée, elle voit arriver avec inquiétude son collègue qui vient comme d’habitude demander des conseils. Elle sait déjà que quand il partira, elle aura du travail supplémentaire et une partie du travail de son collègue restera sur son bureau. Elle tousse et éprouve une sensation étrange de moiteur et de chaleur au niveau de la poitrine. « Que se passe-t-il, ferais-je une crise d’angoisse ? » se demande-t-elle. « Comment se fait-il que la simple arrivée de mon collègue me mette dans un tel état ? Pourquoi je ne peux pas dire ‘non’ ? »
Faisons un arrêt sur image. Que se passe-t-il dans cet instant précis ? Nathalie éprouve des sensations physiques et psychiques intenses et peu en rapport avec la situation. Pourquoi une telle angoisse à la simple apparition de son collègue ? Pourquoi souffrir autant dans cette situation somme toute assez banale. Levons le voile de l’instant.
L’ici et maintenant…
Nathalie s’arrête un instant et après quelques secondes, un souvenir lui apparaît. Elle est à l’université. Julie, son amie, lui demande de relire le travail à remettre au prof. de sciences sociales. C’est étonnant comme lui reviennent en mémoire le titre du travail, le nombre de pages, comme si tout à coup elle était dans un autre espace-temps, en mai 93. Elle n’aimait ni ce sujet ni ce cours, pourtant elle a passé les deux soirées suivantes à corriger. Etonnant ! Elle plonge un peu plus dans le souvenir et se rappelle combien elle aimait cette amie nettement moins douée et ne pouvait lui refuser son aide. La remise du travail était urgente. Pourquoi ce souvenir? Le subconscient lui raconte que cette angoisse dans l’instant n’est pas anodine, que son histoire ne fait que se répéter sous une autre forme, qu’elle se sent encore et toujours obligée de voler au secours de ce collègue et qu’elle sera un peu plus débordée. En fait elle a raison de s’inquiéter et de s’angoisser. Tout va recommencer. Nathalie est occupée de souffrir bien plus qu’il n’est nécessaire dans cette situation. Mais était-il nécessaire d’en souffrir ?
Jamais délié du passé !
Nous abordons chaque instant avec un besoin de sens et le subconscient choisit de manière extrêmement fine un instant du passé qui non seulement correspond précisément à la situation mais nous prévient que ce qui arrive est identique et connu. Ce qui nous permet d’exister comme d’habitude et d’être dans un même comportement répétitif. Ce que les psychanalystes corporels appellent le cycle traumatique. Le passé vient donc sans cesse se ‘souperposer’ systématiquement à la situation présente. L’instant présent est lu, interprété et vécu comme une situation similaire du passé. Et cela sans que nous nous en rendions compte.
Et les situations similaires du passé les plus pertinentes sont les quatre grandes scènes qui nous ont structurés dans notre enfance, nos scènes traumatiques. Voyons ce qu’il en est pour Nathalie. Avril 1972, scène de la petite enfance
Nathalie a quelques mois, ses parents partent en vacances, sa maman épuisée suit le conseil de son mari, déposer le bébé chez sa tante. Nathalie est dans son lit cage, l’après-midi, elle voit le soleil par la fenêtre sur la droite. Sans arrêt le cousin de 17 ans chargé de la surveiller pendant que la tante est partie faire les courses revient dans sa chambre. Nathalie sent quelque chose d’anormal, ne comprend pas pourquoi il l’ennuie tout le temps, revient sans cesse, la bouscule, la harcèle. Elle pleure de plus en plus mais personne ne viendra. Le cousin s’énerve sur cette petite jusqu’à l’étouffer avec le drap pour que cela cesse. Nathalie sent bien que ce garçon a des comptes à régler avec sa mère, qu’il n’est pas content de devoir la surveiller. Revenant sans cesse il n’est plus lui-même jusqu’à la secouer par les pieds pour que les pleurs cessent. C’est du harcèlement et cela ne finira pas, Nathalie a de plus en plus peur. Elle a accès comme tous les touts petits à l’histoire de ce cousin étouffé par cette maman, qui doit toujours l’aider à la maison pour, en fin de compte, ne pas pouvoir sortir et rencontrer sa petite amie.
Et notre liberté dans tout ça ?
L’instant présent n’est jamais libre d’influence. Notre liberté va se mesurer à notre capacité à prendre conscience de ce qui se passe dans l’instant, à tenir compte de ce souvenir qui vient se ‘souperposer’ au présent. Nathalie n’est pas celle qui ne peut dire ‘non’ mais bien celle qui a traumatiquement besoin d’être harcelée. Revenons à Nathalie ce15 mars. Cette femme a deux possibilités : ne rien faire et être un peu plus accablée par l’arrivée de son collègue ou sentir combien son histoire se répète encore et toujours. Deux avenirs ce jour-là à 10h20 du matin. Laisser la maîtrise à son histoire traumatique et subir les évènements jusqu’à s’épuiser dans son travail, laisser les angoisses prendre de l’ampleur, rentrer chez elle sans pouvoir être disponible à sa propre vie. Et au final s’éloigner de plus en plus d’elle-même et de son entourage. Ou choisir une autre vie et parler à cette jeune étudiante qu’elle était, harcelée même par sa meilleure amie. Et mieux, reprendre amoureusement le souvenir de la scène de la petite enfance, ce petit bébé qu’elle a été, lui dire les mots d’amour et lui donner les caresses qui lui ont manqué ce jour là. S’innocenter de ces maladresses d’amour de ses parents, de sa tante et du cousin. En un mot, se pardonner d’être ainsi construite et trouver comment aider concrètement son collègue, en tenant compte amoureusement d’elle-même. Un autre moment à 10h20, vécu complètement différemment où Nathalie donne rendez-vous à son collègue pour l’aider dans la mesure de ses moyens et lui apprendre les éléments qui le rendront de plus en plus indépendant. Voilà l’instant présent vécu consciemment qui permet une toute autre vie dans l’instant suivant. Un instant transformé issu d’un être transformé.
Le souvenir a la capacité de nous ramener dans notre passé, dans notre souffrance unique avec comme seul enjeu : vas-tu te contenter aujourd’hui de ton fonctionnement traumatique ou es-tu capable de suffisamment d’amour pour transformer ton quotidien ?
Prendre en compte l’avertissement subconscient qui se raconte sans cesse comme une possibilité de transformation du quotidien, d’un plus d’amour dans les petits évènements, n’est-ce pas tenir compte de ce qui en nous voudrait nous faire accéder au meilleur de nous-mêmes. Ne serait-ce pas tout compte fait, faire preuve d’esprit sain ! L’article du 1/07/08 de la Lettre de la Psychanalyse Corporelle | « La tension lapsusale », Ne cherchez pas « lapsusale » dans un dictionnaire, ce mot n’existe pas. Lapsusale, veut dire, « qui fait des lapsus ». La tension lapsusale est une tension corporelle qui produit des lapsus subconscients posturaux, c’est-à-dire capables de ramener des souvenirs du passé. Voici une synthèse d’un cours que Bernard Montaud a donné en décembre 2007. Subconscient et Inconscient Nous ne pouvons pas ramener des souvenirs de l’inconscient, celui-ci est fait pour demeurer inconscient. Seul le subconscient est fait pour devenir conscient.L’inconscient provient d’un mimé très ancestral, c’est une économie de mémoire de l’évolution des espèces. En effet, nous sommes le résultat de milliers d’expériences nouvelles que la Vie a faites pour se préserver, au niveau du monde minéral, végétal et animal.Tout ce qui n’évolue pas meurt. Tout au long de l’évolution, il a fallu qu’une espèce –un minéral, un végétal, un animal- invente une nouvelle expérience créée par le contexte pour que la vie ne disparaisse pas sur terre. Cette nouvelle expérience est une engravation en nous, inconsciente, de ce que le minéral, le végétal ou l’animal ont inventé. Tout ce bagage demeure en nous pour que nous n’ayons pas à le reconquérir. Par exemple, nous retrouvons l’apport du minéral dans l’épaisseur que représente la constitution de notre squelette, dans une épaisseur d’être.C’est une fabuleuse mémoire innée en nous. Cet inné absolu remonte à l’origine de l’évolution des espèces. Ceci nous permet de considérer quatre couches d’inconscient :-un inconscient minéral, -un inconscient végétal, -un inconscient animal, -et un inconscient hominal, ce que l’homme a inventé depuis six millions d’années. Le subconscient par contre n’est pas inné, il nous faut un passé personnel pour avoir un subconscient. Celui-ci est le témoignage d’expériences récentes de l’évolution des espèces avec lesquelles notre vie a été en contact. Ce subconscient, contrairement à l’inconscient, est fait comme dans toutes les voies spirituelles, initiatiques, psychologiques, psychiatriques ou psychanalytiques, pour devenir conscient. Prendre conscience de notre passé personnel, de notre subconscient, c’est devenir présent.En nous dort un véritable trésor de la vie sur terre qui raconte toutes les nouvelles performances de toutes les étapes de toutes les espèces pour que nous soyons possibles. Si nous acceptons ce grand livre, ces milliers de chapitres remplis d’expériences et ces moments où la vie a failli disparaître de la terre, nous acceptons que nous appartenons à la même logique. Cette évolution ne peut donc pas s'arrêter avec nous, il existe une nouvelle performance que l’homme, ce dernier épisode du grand livre, doit inventer pour à son tour sauver la vie sur terre. C'est la conscience faite :- d’une présence à l'instant, - d’une connaissance du passé, - d’une pratique de retournement intérieur.Ces trois éléments sont indissociables. Il ne peut y avoir de conscience s'il manque l'un des trois. La tension lapsusale Ces postulats posés, revenons à notre question de départ : qu'est-ce que la tension lapsusale ?La tension lapsusale est ce qui permet de rendre conscient le subconscient par un jeu de lapsus corporels qui évoquent psychiquement des images du passé.Essayons d'apercevoir toute la vie de cette tension lapsusale dans une séance de psychanalyse corporelle. Celle-ci comporte sept niveaux de profondeur mais ceux ci s'expriment à travers quatre types de manifestations physiques. Ces quatre types sont liés à l'intensité de la tension lapsusale. Le psychanalyste corporel est celui qui gère et qui régule la tension lapsusale lors d'une séance. Le premier type de séance (niveau de profondeur 1&2), le premier quart, est le niveau recherchant les spasmes. Le deuxième niveau (3&4) est la séance symbolique. Le troisième niveau (5&6) le revécu concret et le quatrième niveau (7), tout voir et ne plus souffrir, sans bourreau ni victime.Ces quatre niveaux de séances sont déterminés par des différences d'intensité de la tension lapsusale partant du moins intense au plus intense, déterminant une clarté d'images de plus en plus précises. Cette tension lapsusale va donc produire des images de plus en plus claires en augmentant d'intensité. La première tension lapsusale va se manifester dans le spasme tenu. Celui-ci est l'acceptation de la tension corporelle consciente et involontaire. Le corps accepte d'être un corps sauvage, sans contrôle psychique, parce que seul celui-ci est capable de lapsus. Cette tension lapsusale de départ durant le spasme tenu est un étalonnage pour toute la séance. Nous sommes devant une mesure de l’intensité du lâcher prise et donc des possibilités qui s’annoncent dans la séance. À la fin de cette première étape, la personne en séance se trouve devant un passage important à réaliser, à savoir transférer la tension lapsusale du centre du corps à la périphérie, c’est-à-dire aux membres. Pour ne pas perdre l'intensité de la tension de départ, ce transfert doit s’effectuer dans la continuité. Nous sommes devant une règle essentielle : maintenir la tension lapsusale permet de ne pas retourner dans l’intelligence et de vivre une séance intense.Donc à la fin de la première partie de séance, on a déjà débloqué le cérébral, fixé le corps sauvage, et transféré la tension lapsusale du centre à la périphérie du corps sans rien perdre en intensité. Nous entrons alors dans le deuxième niveau de séance, les séances symboliques, avec une intensité en périphérie égale à l'intensité de départ. La tension lapsusale se manifeste désormais de deux manières : par les points d'intensité et les points d'images. L'exigence de base de ce niveau est de maintenir et d'augmenter la tension. Naturellement le corps ne va pas en produire plus. C'est le psychanalyste qui propose le plus d'énergie. Et ensuite il s’agira d'équilibrer cette tension lapsusale entre les points d'intensité et les points d'images. Par l’augmentation de l'intensité de la tension, surgit un album photos de souvenirs et de flashs épars. Si nous équilibrons les points d'intensité et les points d'images, c'est comme si nous équilibrions le son et l'image d'un film d'horreur. Enlevons le son du film d'horreur, c'est une farce. Enlevons les images, ce sont des cris. Si nous régulons l'information sons/images c'est-à-dire douleur/images, nous nous connectons avec la profondeur. Celle-ci encore confuse, restitue un mélange de souvenirs et d'images des quatre traumatismes. Le but final de ce niveau de séance, c'est que cet équilibre intensité/images soit tenu par la personne, sans le psychanalyste. Dans la troisième partie de séance -les séances concrètes- la tension lapsusale se transforme en mouvements d'intensité et en mouvements d'images. Ce ne sont plus des points. Nous sommes dans des séances mimées qui demandent un tout autre investissement personnel.Le but de cette troisième partie est d’équilibrer les mouvements d’intensité et les mouvements d’images dans une tension lapsusale encore plus intense. C’est cela qui va produire les images concrètes, c’est-à-dire l’augmentation de l’intensité et l’équilibre entre mouvements d’intensité et mouvements d’images. Là nous sommes dans le concret de la séance de psychanalyse corporelle. C’est l’été, nous sommes chez la grand-mère et il y a les cousins. Ici, les mouvements d’images (mime) vont prendre tout le corps et les mouvements d’intensité vont la plupart du temps devenir un conflit articulaire central. Dans le quatrième niveau de séance, nous accédons au niveau du pardon. Jusque là, la personne voit tout de la scène mais elle accuse et elle souffre. Au contraire, dans ce dernier niveau, le psychanalysé voit tout mais n’en souffre plus.À ce niveau de séance, le but de la tension lapsusale, est de prendre tout le corps dans un paroxysme. Celui-ci n'est possible que quand ce corps frôle la folie ou la mort. C'est une tout autre intensité qu'il faudra tenir jusqu'au bout. Il n'y a rien à équilibrer, il y a juste un problème de tension, d'augmentation de tension. Cette tension lapsusale acceptée et maintenue par le psychanalysé, gérée et augmentée par le psychanalyste, tension qui s’équilibre entre douleur et images tout au long d’une séance idéale, produit cet incroyable phénomène : tout voir de ce qui nous est arrivé et ne plus en souffrir. Bernard Montaud, chercheur, Ecrivain et Fondateur de la Psychanalyse Corporelle Séances symboliques, séances concrètes en Psychanalyse Corporelle
7 niveaux de lapsus et 4 types de manifestation physique Comme vous pouvez le lire dans l’article du trimestre, une séance idéale de psychanalyse corporelle comporte quatre types de manifestation physique, du lâcher prise corporel en passant par les séances qui produisent des images symboliques, ensuite des images concrètes, jusqu’au dernier niveau, qui est de tout voir du traumatisme et ne plus en souffrir. Séances symboliques Après avoir trouvé le décrochage cérébral et s’être engagé dans la tension lapsusale (niveau 1&2), le psychanalysé va être convié aux séances que nous appelons symboliques et ensuite à des séances dites concrètes. Que recouvrent-elles d’un point de vue psychique? Les séances symboliques, les niveaux de profondeur de mémoire 3&4, permettent à l’analysé de retrouver ce que nous appelons ‘l’album photo’ et ‘les séances ascenseurs’. Et c’est effectivement un ensemble épars de photos, de souvenirs de notre enfance et de notre adolescence, de courtes séquences de notre histoire mais aussi un mélange de nos différents traumatismes. C’est une première approche de nous-même, une préparation de notre subconscient à ce que nous allons rencontrer dans une scène traumatique. <!--[if !supportLineBreakNewLine]--> <!--[endif]--> Séances concrètes Dans les séances concrètes, les niveaux 5&6, la personne se trouve confrontée à une scène traumatique précise. Le décor de la scène se met en place souvent par l’un ou l’autre détail, incroyable de précision. Le genre de détail qui intrigue et situe tellement bien les évènements à redécouvrir dans un lieu et une époque. De plus en plus concrètement dans les images et très corporellement jusque dans le mime, l’analysé revit un évènement dramatique de son histoire. Ce n’est plus un court métrage mais le film de l’histoire qui se complète avec les personnages, les objets, les situations et les actions concrètes des uns et des autres, jusqu’au drame entièrement revécu de ce jour précis. Séances paroxystiques Le dernier niveau de lapsus corporel (niveau 7) est cette reconquête de l’histoire jusqu’à l’ultime instant où la victime frôle la déraison et en même temps comprend le monde de ses bourreaux ; jusqu’à cet endroit extraordinaire où l’analysé a tout compris de l’évènement, où il n’y a plus ni bourreau, ni victime. L’article du 1/12/07 de la Lettre de la Psychanalyse Corporelle | Des fantasmes à la scène (part.1) Décembre 2007 La psychanalyse corporelle semble associer deux termes profondément antinomiques. La psychanalyse est intimement liée au langage jusque dans le rôle libérateur du souvenir retrouvé. Nous allons voir combien le corps est une porte d’entrée exceptionnelle vers l’inconscient et la vérité de chacun. Freud découvre avec surprise combien les productions inconscientes se rapportent à ce que l’enfant a entendu très tôt, à partir de 6 ou 7 mois.(1) Le père de la psychanalyse nomme scènes originaires les évènements réels, traumatisants, dont le souvenir se trouve derrière les fantasmes. Freud parle bien de scènes, c’est-à-dire de scénarios typiques en nombre limité (2) Il s’attache à mettre à jour des séquences, des scénarios imaginaires par lesquels tout le monde serait passé. Dans « L’homme aux loups » (3), Freud tente d’établir la réalité de la scène primitive ou originaire, celle du coït parental. Il essaye de la reconstruire jusque dans les moindres détails. S’il ne parvient pas à l’établir ontogénétiquement, Freud se tourne alors vers l’histoire de l’espèce. Il est remarquable de noter combien pendant les premières années de sa recherche, il a toujours eu l’exigence de retrouver le ‘ roc de l’évènement ’. Pour Laplanche et Pontalis (4), Freud cherchera continuellement derrière le fantasme ce qui a pu le fonder dans la réalité. 110 ans plus tard, il semblerait bien que nous ayons désormais les moyens d’accéder à ce qui détermine l’individu. En effet, la psychanalyse corporelle nous plonge dans la réalité vécue par l’enfant. La psychanalyse corporelle Cette psychanalyse corporelle se pratique en groupe avec des adultes en bonne santé mentale et physique. Idéalement elle se conduit de session en session, chacune de celle-ci comptant cinq jours. Chaque jour se décline en deux séances et chaque séance comporte environ 1h de travail corporel et une verbalisation pour conscientiser ce qui a été découvert en séance. L’entretien de fin de session permet de prendre conscience de plus en plus, et de session en session, du principe de répétition que les psychanalystes corporels appellent cycle traumatique. Mais qu’est-ce qu’une séance de psychanalyse corporelle ? Les lapsus corporels (5)
C’est une série de lapsus corporels qui signe l’entrée et la progression dans une séance de psychanalyse corporelle. Le premier lapsus est fondamental, il indique au psychanalyste et au patient que ce dernier est prêt à entrer dans la séance, sa tête a accepté de laisser parler son corps. Le patient s’installe en position allongée, et entame une négociation intérieure pour accepter de laisser aller son corps, pour admettre que la tête peut être là seulement en tant qu’observatrice. Le psychanalyste stimule et encourage ces lapsus. Il se passe alors quelque chose d’assez incroyable, l’apparition de spasmes. Ceux-ci sont des sursauts conscients et involontaires sans sens. Ils sont sans sens au niveau corporel mais fondamentaux au point de vue de l’acceptation du lâcher prise. C’est le premier niveau de lapsus corporel, c’est la porte d’entrée de la séance de psychanalyse corporelle. (niveau 1) Les spasmes, par un effet d’entraînement mécanique, emmènent le corps dans des mouvements que l’on appelle mouvements généraux. Contrairement aux spasmes sans sens, ces mouvements indiquent très souvent un refus, un grand « non », une douleur immense. Il s’agit d’une douleur très générale, on parle de sens philosophique, c’est le niveau 2. Les mouvements se précisent Mais le corps n’en reste pas là, le grand « non » s’affine, le corps se tend, se tord, les mouvements s’orientent et montrent par là toute la douleur qui habite l’individu. D’avoir accepté de se laisser entraîner dans les premiers mouvements, ces derniers se précisent de plus en plus. Une séance de psychanalyse corporelle, c’est comme suivre toutes les indications et les mouvements du corps pour aller vers plus de sens. La douleur immense du deuxième niveau va se préciser. C’est comme si le patient feuilletait l’album photo de sa vie et retrouvait des instants dramatiques de son histoire familiale. Devant ses yeux se rejouent des saynètes du passé (6), ce sont les niveaux 3 et 4. Nous voyons donc combien les différents niveaux de lapsus corporels permettent d’accéder aux différentes couches de mémoires psychiques. Pour peu que le psychanalysé soit prêt à suivre son corps dans toutes les tensions et les émotions jusqu’au bout de ce qui lui est proposé, un instant précis, un moment extrêmement particulier de son histoire va lui apparaître. Un voile se déchire progressivement sur une scène qui contient l’ensemble de cette époque de sa vie. Nous sommes devant un scénario dramatique, précis jusque dans les détails. Ce sont les niveaux 5 et 6 des lapsus. Si le ressenti de cette époque peut être partiellement connu de la personne, la scène traumatique a été occultée totalement. Nous sommes ici devant ce que Freud a cherché si longtemps, les souvenirs tellement précis et concrets, qui ont forgé l’individu. A ce stade de la psychanalyse corporelle (niveau 7), le corps rentre dans des tensions et des postures insoupçonnées. Les personnes en arrivent à essayer de se retourner une articulation, de plier leur corps à la dimension douloureuse revécue dans la scène, jusqu’à l’ultime. C’est l’accompagnement et l’encouragement du psychanalyste dans ces tensions extrêmes et l’engagement du psychanalysé qui permettent d’appréhender la totalité du drame. Ce drame qui signe le traumatisme et l’oubli de la scène pour moins souffrir, se mesure assez peu dans l’extraordinaire des évènements extérieurs mais plutôt dans l’intensité du vécu intérieur de l’enfant. Jusqu’au niveau 6, le patient ne rencontre que des bourreaux. Au niveau 7, il se rend compte qu’il était aux prises avec tellement de maladresses d’amour. Passer de l’autre côté du miroir permet de se réconcilier profondément avec les différents protagonistes et avec soi-même. A cet endroit que la psychanalyse corporelle appelle ‘intime conviction’, la personne a tout « vu » et tout « re-compris » de ce qui est arrivé. Elle a reconquis toute la scène traumatique mais elle n’en éprouve plus aucune douleur ; elle est pleine d’amour pour ces êtres qui ne pouvaient pas agir autrement. Il n’y a plus ni bourreau, ni victime. ***
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